Dessin : Tripp Jean-Louis, Loisel Régis
Couleur : Lapierre François
Genre(s) : Société
Éditeur : Casterman
Nombre de pages : 68
Dépot légal : 10/2008
Lorsque l'époux de Marie meurt brusquement, cette dernière se voit contrainte de reprendre à son compte le Magasin Général de Notre-Dame-des-Lacs (Québec). Elle s’épuise à la tâche et récolte trop souvent les réclamations d’éternels insatisfaits jusqu'à l'apparition de Serge, qui amène avec lui un peu de soleil. Ce dernier, qui s'avère être un cuistot remarquable, initie la petite communauté à la succulente cuisine parisienne et ouvre même un modeste restaurant. Mais les mâles représentants du village acceptent difficilement ce Français distingué qui semble tant troubler Marie. C'est qu'il n'y a pas que les papilles gustatives de cette dernière qui sont émoustillées, ses yeux brillent depuis que Serge est entré dans sa vie. Celui-ci est conscient de l'attrait qu'il exerce sur la jeune femme et, à la fin du troisième tome, se livre à un surprenant aveu...
Certains secrets sont lourds à porter et celui de Serge n’est pas des moindres. Il ouvre son cœur à Marie mais peut-être n’était-ce pas la chose à faire... Marie souffre de ce qui lui a été révélé et se soulage en confession, dévoilant ainsi les confidences du jeune homme. Heureusement, le curé est tenu par le secret mais une solution doit être trouvée pour que Serge puisse rester au village sans être inquiété. Pendant ce temps, la jeune femme perd pied. La frustration la déstabilise d’autant que ça jase dans la petite bourgade. Se remariera, se remariera pas ?
Amour, empathie, tolérance, rancœurs et frustrations. Tels sont les moteurs de ce quatrième volet qui maintient sa vitesse de croisière dans le Québec du printemps 1927. Finie la relative insouciance des deux premiers tomes. Certes, la belle saison revient, les oiseaux chantent et les cœurs s’animent. Mais aussi, fait du printemps ou de l’amour, le sang de Marie bouillonne dans ses veines et son esprit s’échauffe. Serge, en toute conscience, se refuse à elle. Son intégrité est à ce prix malgré le chagrin qu’il est conscient de causer à celle qu’il voit désormais comme bien davantage qu’une hôtesse. Sa tranquillité et celle du village sont menacées.
Dans cet album intitulé « Confessions », il y a paradoxalement plus de silences, lourds de sens toutefois. En contrepartie, la parole est très souvent donnée aux échanges de regards, dont il faut d’ailleurs souligner la beauté et le réalisme, qui se font tour à tour complices, reconnaissants ou tourmentés. Graphiquement, la collaboration entre Loisel et Tripp donne un résultat époustouflant jamais démenti tout au long de la série. N’oublions pas les couleurs somptueusement appliquées par François Lapierre qui manie aisément la technique du clair-obscur, toujours très présent.
Si lors de la sortie du premier tome, quelques-uns entrevoyaient les prémisses d’une série morne et atone, les tomes ultérieurs ont prouvé qu’il n’en était rien. La lenteur du récit est délibérée et donne au lecteur l’occasion de se poser un moment tout en se repaissant de chaque case amoureusement soignée. La vie s’écoule doucement à Notre-Dame-des-Lacs et, à travers ces œuvres d’art miniatures enrichies du dialecte québécois adapté pour une meilleure compréhension, on en savoure chaque instant.
En prime, les éditions Casterman nous permettent à nouveau de jeter un œil dans l'atelier des artistes pour nous démontrer toute la richesse de la collaboration de ce duo gagnant. Le dessin et le scénario préalablement préparés par Loisel sont ensuite revus et améliorés par Tripp. Deux étapes essentielles qui constituent une belle réussite.
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