Dessin : Micheluzzi Attilio
Couleur : Micheluzzi Attilio
Genre(s) : Histoire, Aventure
Éditeur : Mosquito
Nombre de pages : 336
Dépot légal : 12/2008
Mosquito est une maison spécialisée dans la BD italienne qui a eu la bonne idée de ressusciter Petra, une héroïne du regretté Attilio Micheluzzi (1930-1990). Cette aventurière au look de Louise Brooks n’a fait qu’un passage éclair en France dans un album d’une cinquantaine de page édité chez les Humanoïdes Associés en 1985. C’est donc peu dire que ses aventures étaient incomplètes. Cet album-ci permet de réparer cet oubli et nous offre 24 histoires d’une dizaine de pages chacune, plus un prologue qui permet de connaître d’emblée les principaux personnages.
Cette édition permet en outre de prendre la mesure du talent de Micheluzzi, avec un rendu de noirs et blancs - le pluriel est de rigueur - somptueux. L'auteur a souvent été trahi par de médiocres mises en couleurs : on garde ici toute la force de ses dessins et des nuances qu’il sait y apporter.
Ces récits sont parus entre 1977 et 1982 dans le magazine il Giornalino pour la plupart et retracent la vie d’une jeune femme, Petra de Karlowitz, durant la Grande Guerre. C’est assurément la période de prédilection de l’auteur qui avait su nous passionner avec son Red Stanton (Rosso Stanton), marin américain embringué dans des affaires plus ou moins louches dans l’Extrême-Orient des années 20, et surtout de son chef d’œuvre Sibérie (1991) qui exhale un parfum d’aventures digne des films de Sternberg avec Marlène Dietrich.
C’est pourtant une petite déception qui nous attend à la première lecture car le format court de ces nouvelles ne permet pas de développer totalement tant les caractères que les ressorts dramatiques. Pourtant la succession de ces histoires, restituées ici sous une forme chronologique et non de parution, permet in fine de dresser un corpus cohérent qui prend de l’ampleur au fur et à mesure qu’on tourne les pages. C’est donc par petites touches qu’on pénètre dans l’univers de cette aviatrice qui, stationnée dans les Pays-Bas neutres à l’époque, s’envole sur son Camel pour aider les alliés. Outre sa passion de la mécanique, Pétra, compte tenu de ses origines et de son passé, parle 6 langues et arbore une coiffure à la garçonne, clin d’œil souligné au roman de Victor Margueritte (1922). Un peu à la manière de certaines séries américaines, chaque récit est indépendant mais forme une suite logique qui permet d’aborder l’univers de l’héroïne. On est dans la lignée d’un Corto Maltese, le génie en moins.
Pour autant, au fur et à mesure que l’histoire s’éloigne des tranchées de Flandre, on se sent de plus en plus captivé. Venise, la Serbie, Constantinople, la Syrie, le Caucase : telles vont être les étapes d’une épopée qui fleure bon les cigarettes turques, l’Orient-Express et la cire à moustache. Micheluzzi nous offre une chanson de geste moderne avec ce qu’il faut de rétro pour nous faire voyager agréablement dans le temps et l’espace.
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