Dessin : Schwartz Olivier
Couleur : Croix Laurence
Genre(s) : Histoire, Aventure
Éditeur : Dupuis
Nombre de pages : 64
Dépot légal : 05/2009
En 1942, Bruxelles, comme d’autres capitales d’Europe, résonne du pas des bottes allemandes qui défilent dans les rues de la ville. Spirou est groom au Moustic Hôtel[1], réquisitionné par les nazis. Fantasio, lui, est reporter au journal Le Soir, lui aussi sous obédience allemande. Tous les deux vont faire acte de résistance dans une suite d’aventures copieuses et farfelues. En faire le détail n’a guère d’intérêt, en revanche évoquer les mille clins d’œil qui parsèment les 62 planches est une quasi nécessité tant les références sont nombreuses et solidement étayées, sur le plan historique notamment.
Ainsi Helmut von Knochen qui dirige la SS de Bruxelles est inspiré d'un personnage véridique. Andrée de Jongh fut bel et bien chef de réseau et l’épisode de l’aviateur Jean de Sélys Longchamps est tout à fait authentique : il a bien attaqué l’immeuble bruxellois de la SS, en dépit des interdictions de ses supérieurs britanniques. Dans la même mesure, la biscuiterie Dandoy est une pâtisserie renommée de Bruxelles et les aventures du baron Münchhausen, ainsi que le Juif Süss, dont les affiches emplissent la ville, sont également et malheureusement dans le dernier cas, de vrais films. Et si Ursula Chickengrüber n’a pas existé, son patronyme renvoie au véritable de nom de la famille Hitler, Schicklgruber. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le numéro de sa chambre est le 666, celui de la bête de l’Apocalypse. La plupart du temps, pour ne pas dire toujours, toutes ces allusions ne sont que de simples détails qui n’empêchent pas la lecture de l’album mais ne pas les comprendre amoindrit évidemment l’intérêt d’une histoire qui est somme toute assez terne.
Comme souvent chez Yann, la légèreté côtoie la lourdeur. A titre d’exemple, on comprend pourquoi il a intégré le personnage de la jeune juive, Audrey, mais son apparition tombe un peu comme un cheveu sur la soupe ; embrasser Spirou qu’elle vient juste de croiser semble encore plus étrange. En revanche lorsqu’à la libération de la ville Spirou s’enquiert du sort de la jeune fille, la réponse et le comportement odieux de la concierge en disent long sur un antisémitisme latent.
Côté humour, c’est également le grand écart. Yann reprend des formules de l’époque comme « embocher » (sic), ou « cornet de fritz ». Mais on a aussi droit à des formules comme Innovation Bureautique Moderne = Imbécillité Bien Manigancée dont les initiales sont assez parlantes. Certains détails de dessins sont cocasses : ainsi la Belgique devient sur un plan allemand « gross Belgien », ce qui est bien sûr ridicule. De même un panneau indicateur est frappé du « gross Marolles » or Marolles n’est qu’un des quartiers de Bruxelles[2]. En fait, l’album n’est qu’une longue déclaration d’amour à la bande dessinée et au cinéma avec de multiples petits détails qui apportent tout le sel de l’affaire. Si vous souhaitez en prendre la mesure, vous pourrez trouver sur notre forum une tentative de recensement, certainement incomplète, de ces références. Dans un autre genre, parmi les détails, l’un des tanks américains s’appelle Obama : tout laisse penser que la page a été dessinée au moment de l’élection américaine de novembre 2008, ce qui est compatible avec la date de sortie de l’album (mai 2009).
Olivier Schwartz dont on avait pu apprécier il y a fort longtemps son Testament du Dr Zèbre et qui s’était replié depuis sur l’inspecteur Bayard, montre qu’il a un vrai potentiel. Sans faire du Chaland, il en pastiche le style tout en gardant le sien propre. De la belle ouvrage ! Quant à Laurence Croix aux couleurs, elle est à l’unisson.
Un album divertissant et sympathique, donc, mais dont le principe est à double tranchant : la chasse aux références pourra parasiter la lecture de certains, ou appauvrir son intérêt auprès de ceux à qui elles échappent.
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[1] Rappelons que le nom de l’hôtel fait référence à une revue des éditions Dupuis : le Moustique.
[2] Quartier dans lequel Hergé a d’ailleurs grandi.
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