(Auteur) Katsuhiro Otomo n°1 : Anthology
Scénario : Otomo Katsuhiro
Dessin : Otomo Katsuhiro
Couleur : Otomo Katsuhiro
Genre(s) : Science-fiction, Société, Anticipation
Éditeur : Kana
Nombre de pages : 260
Dépot légal : 11/2008

© Kana 2008 Otomo / Otomo
Auteur de la chronique : Harpye

Avec ce recueil publié initialement au Japon en 1990, Kana rend accessible au public français des œuvres de jeunesse d'un des auteurs les plus complets de la scène manga, à savoir Katsuhiro Otomo. Bande dessinée, animation ou film live, peu de média auront été ignorés par Otomo, et ce recueil tire donc une grande partie de son intérêt de la mine d'informations qu'il est pour le public de cet auteur aux multiples facettes, les récits publiés datant de 1977 (il a alors 23 ans) à 1981.

Science-fiction, humour noir, parodies ou détournement de textes de tous horizons, inquiétantes, dérangeantes, parfois loufoques ou juste, heu... bizarres, ces 14 histoires touchent à de nombreux genres et thèmes, dans un éclectisme qui pourra surprendre en regard de ses œuvres plus connues. On y retrouve cependant les prémices de celles-ci, dans la mesure où les thèmes de la lutte contre le pouvoir, de l'anticonformisme et de l'antimilitarisme, ou encore de la relation de l'homme à la machine sont particulièrement présents. Les récits publiés correspondent d'ailleurs à la période d'écriture d'un des premiers succès de l'auteur, à savoir le manga Dômu. Un exemple frappant pourra également en être donné par la nouvelle Memories, à l'origine du premier segment (Magnetic Rose) du film omnibus du même nom sorti en 1995. Notons enfin que si les chutes nous laissent souvent sur notre faim, il faut reconnaître que le goût d'inachevé passe un peu avec les intéressants commentaires de l'auteur fournis en postface.

Concernant le dessin, si l'influence de la bande dessinée et du dessin européens est notoire dans l'œuvre d'Otomo, elle est ici manifeste et assumée, à travers des références à Moebius ou à M. C. Escher notamment. Comme dans les thèmes abordés, les qualités graphiques de l'auteur sont déjà présentes et son style parfaitement identifiable. Réalisme et expressivité des personnages, sens du découpage et du cadrage cinématographiques, sa minutie, son perfectionnisme s'expriment à tous les niveaux (corps, mecha, décors, mouvements) et la postface révèle à ce sujet son humilité. S'il a été difficile pour lui de se pencher sur son propre travail avec recul et objectivité, l'œil du lecteur pourra en tout cas constater une chose : 30 ans après, le trait n'a pas vieilli.

Les deux récits en couleurs sont quant à eux l'occasion de diverses expérimentations : couleurs directes dans l'un et informatiques dans l'autre, leur emploi est un luxe. Dans le second récit, Otomo les utilise moins dans un but plastique que pour accrocher le lecteur et mettre en valeur des planches jugées peu intéressantes. Ainsi, il mêle cases en couleur et cases en noir et blanc, au tramage très léger, ajoutant même quelques effets de focale. Les autres histoires sont traitées en tramage léger mais efficace, la grande lisibilité du dessin n'en demandant pas forcément plus.

S'il est étrange que ces histoires ne soient pas classées dans l'ordre chronologique, il faut admettre que ce classement aurait sans doute peu apporté dans la perception de l'évolution de l'auteur, tant dans la narration que dans le dessin, car l'ensemble est étonnamment homogène en qualité, et démontre ainsi le talent d'Otomo.
Ni grand public, ni totalement élitiste, ce recueil s'adressera donc avant tout, forcément, aux fans, mais aussi aux curieux éclairés, qui pourront se laisser séduire par la diversité et les nombreuses qualités du travail présenté.

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Notes







Scénario :
15/20
Ces courts récits auront plus de résonance, forcément, chez le public familier de l'œuvre d'Otomo.

Dessin :
16/20
La précision de son dessin et son sens de la mise en scène sont indiscutables.

Couleur/N&B :
13/20
Tramage sobre mais efficace, l'intérêt vient des deux récits en couleurs.

Contamination :
13/20
Difficile d'accrocher un public plus large que celui des fans.

Édition :
14/20
Une très belle initiative de Kana, pour un prix raisonnable. Que manque-t-il, une petite bio de l'auteur ?