Dessin : Monin Arno
Couleur : Bossard Florent
Genre(s) : Société, Histoire, Drame
Éditeur : Bamboo
Nombre de pages : 56
Dépot légal : 05/2009
Adopté en 1945, Gabriel a été élevé par un couple de paysans de la Creuse. Il ne s'est jamais posé beaucoup de questions sur ses origines, non encouragé d'ailleurs par des parents adoptifs peu loquaces à ce sujet. En 1968, c'est en simple ouvrier, entrainé par son amie d'enfance Camille, qu'il participe, sans trop savoir pourquoi, aux manifestations de mai. Arrêté lors des émeutes, le policier qui l'interroge le traite de " rejeton de Boche " avant de le libérer. Poussé par un de ses amis ayant une vision toute différente du passé et de la famille, il va commencer à se pencher sur ses origines. Ses parents étant morts quelques années plus tôt, c'est d'abord vers le couvent où il fut abandonné qu'il va se tourner, et remonter assez rapidement la piste de sa mère...
La principale qualité de ce récit, c'est sa grande fluidité d'écriture. Flash-backs et récit principal s'enchainent sans perdre le lecteur, en douceur, au rythme plutôt nonchalant de Gabriel. Ses blessures (et celles des autres) ont beau être exposées petit à petit au lecteur, le jeune homme semble malgré tout garder une distance, une certaine résignation face à tout ça. Il s'en fiche, de l'histoire, (ou fait mine de s'en ficher), "c'est du passé". A peine sa propre histoire l'intéresse-t-elle. Et cette distance, voire l'humour dont font parfois preuve les auteurs malgré le sujet, est plutôt la bienvenue ici. Le titre de ce diptyque en paraîtrait presque déplacé.
Déjà complice de Galandon sur le diptyque L'Envolée Sauvage, Arno Monin a résolument travaillé son dessin, et livre une copie assez époustouflante, à des années-lumière de son travail sur ses précédents albums. Très influencé par le style de Cyril Pedrosa (période Ring Circus), il s'en détache cependant petit à petit en cours d'album pour aller vers un trait beaucoup plus doux, aux expressions plus subtiles, et très agréable à l'œil malgré quelques maladresses de mise en scène. L'ensemble est servi par une mise en couleur plutôt réussie de Florent Bossard. Le principal regret, c'est que visuellement, on n'a pas vraiment l'impression d'être dans les années 60. Du moins cela ne correspond-il pas à l'image que beaucoup d'entre nous peuvent s'en faire. Cette histoire pourrait se passer aujourd'hui, et c'est là, au niveau de l'ambiance, que l'album perd un point.
Cependant, les quelques petits défauts ne doivent pas vous faire passer à coté d'un des meilleurs titres de la collection Grand-Angle. De plus l'éditeur met un coup de projecteur sur cette sortie en gratifiant la première édition d'un cahier graphique de 8 pages présentant des études de personnages, d'ambiances et de couverture. Alors pourquoi se priver ?
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