Dessin : Bingono Brice
Couleur : Sandoval Tony
Genre(s) : Histoire, Action
Éditeur : Paquet
Nombre de pages : 46
Dépot légal : 04/2009
Été 1940, l’Allemagne nazie s’est emparée de l’Europe de l’ouest, sa suprématie est totale et son régime répressif toujours croissant. Si la Suisse est le seul état à préserver sa neutralité, certains habitants de la confédération vont s’impliquer dans ce conflit. Richard Stoltz est un pilote ruiné et son avion, tout ce qui lui reste. Pour éponger ses dettes il n’a d’autre choix que d’accepter à contrecœur le transport d’officiers nazis entre l’Allemagne et la Suisse avec leurs valises bien remplies. A l’opposé de ses convictions, ces voyages vont rapidement devenir la meilleure des couvertures pour exfiltrer des enfants juifs allemands vers la liberté et la paix. Les risques pour lui sont grands mais ponctuels. Côté allemand, Vera Gerlen, mariée à un officier de la Luftwaffe, organise l’exfiltration des enfants. Avec la mort de celui-ci lors de la bataille d’Angleterre, elle perd une précieuse couverture et ses origines juives la rattrapent. Pour elle et son réseau, la pression est constante.
Voilà une petite série clôturée par ce 2ème tome qui, si elle n’atteint pas la virtuosité, a le mérite de l’originalité de son sujet en se focalisant sur les liens ombilicaux qui unissaient la résistance et l’aviation. Le passeur devrait donc ravir les aérophiles, ceux qui se passionnent pour cette période historique, voire un public plus large. Gage de sérieux pour les premiers, cette mini-série est éditée chez Paquet dans la collection "Cockpit" dédiée à l’aéronautique. La réponse graphique est bien là. Bingono reproduit les Stuka, Messerschmitt, Hurricane et bien sûr le Caudron Goeland du passeur avec précision. Les scènes de vol et en particulier les combats aériens nous replongent par son trait sec et le dynamisme de son découpage, dans de bons vieux Tanguy et autres Buck Danny.
Pour convaincre les autres lecteurs, l’enjeu repose en partie sur le scénario. On reproche souvent à Pierre-Paul Verelst ses défauts de débutant (il n’écrit pour la BD "que" depuis 2006). Et il faut reconnaître que le 1er tome Les orphelins du Reich en a souffert. Une structure narrative inégale et chaotique (le nombre de planches accordé à la bataille d’Angleterre semble plus répondre à un cahier des charges de Paquet qu’à une avancée dramatique du récit principal), des scènes clé absentes et beaucoup plus préjudiciable, un manque criant de profondeur psychologique chez les personnages secondaires. Bref, le récit nous cantonnait dans un statut d’observateur où l’on ne pouvait que survoler, le comble, une histoire affadie.
La lecture de ce 2ème tome ne peut se faire qu’avec, disons, une certaine appréhension. Les doutes sont heureusement très vite levés et les défauts majoritairement gommés. Il faut dire que l’action y prend une grande part. Les scènes sont donc plus denses, plus courtes et d’une grande efficacité. Si dans le 1er tome Richard Stoltz et Vera Gerlen ont mis en place le réseau d’exfiltration avec une trop grande facilité pour le rendre crédible, dans cet opus l’étau se ressert de tous côtés. La Gestapo, un commissaire, un banal planton, chaque personnage devient pour eux un risque mortel. Parce que la violence et la cruauté de ce régime nous est cette fois-ci montrée, la menace n’est plus "fantôme", elle nous pousse à prendre fait et cause pour nos héros. Et voilà bien, dans ce genre de récit, ce qu’on attendait (enfin !). On pourra malgré ça regretter une nouvelle fois le manque d'espace et de dialogue accordé aux enfants ainsi que le peu de développement psychologique des personnages.
Si le dessin de Bingono est dans l’ensemble d’une bonne constance, son encrage indécis, parfois proche de l’esquisse, omniprésent dans la mise en lumière, alourdit hélas un peu trop les planches. Par ailleurs, il est dommage qu'il ait toujours autant de difficulté à représenter les enfants qu’il transforme systématiquement en gnomes difformes. D'autant que certaines illustrations nous montrent tout le potentiel de son trait quand celui-ci est adouci par un" simple" lavis. Le travail sobre de Tony Sandoval à la colorisation est réussi dans les scènes nocturnes, mais par sa pâleur générale a bien du mal à palier la lourdeur de l'encrage.
Même si le tome 1 reste un passage obligé pour la compréhension du récit, Les ailes de l’espoir se révèle sans prétention être un bon moment de BD.
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