Dessin : Damour
Couleur : Froissard Vincent
Genre(s) : Thriller, Drame
Éditeur : Delcourt
Nombre de pages : 48
Dépot légal : 06/2009
"M" est amnésique. Enfermé dans un asile psychiatrique, il parvient à s’en échapper dans des circonstances aussi étranges que morbides. Dès lors, l’inspecteur Lotte Habou ne peut que suivre la trainée de cadavres qu’il laisse dans son sillage en parfait serial killer qu’il est suspecté d’être. A cela s’ajoute les machinations d’une société secrète qui en sait beaucoup sur le passé de M et qui, en la personne d’un mystérieux employé ministériel nommé Roth, semble protéger le fugitif plus qu’elle n’aide à sa traque.
Contrairement au premier tome, ce second opus est centré sur la personnalité et l’histoire de l’inspecteur Habou, plutôt que sur les recherches de M sur son passé. Néanmoins, leurs enquêtes respectives mais parallèles livrent leur lot de surprises. D’un coté, la société secrète des Araignées, ses relations avec le pouvoir et ses liens avec certains évènements de la seconde moitié du XXème siècle sont progressivement révélés. De l’autre, M poursuit ses recherches concernant l’extrait d’une bobine du film "Docteur Mabuse, le joueur" et qui se trouve en sa possession sans qu’il ne se souvienne comment. Le mystère de cette bobine contenant une scène inédite du film, et dont le réalisateur Fritz Lang ne se séparait jamais de son vivant, confronte M aux perversions humaines les plus abominables.
L’œuvre de Fritz Lang, dont cette série s’inspire tant pour la forme que pour le fond, sert de fil conducteur à cette histoire. Le dessin et sa mise en couleur sont un hommage au cinéma expressionniste des années 30, jouant sur le contraste des ombres et de la pâleur des visages, ainsi que des plans serrés, pour rendre des sentiments et une atmosphère effrayante, proche des films noirs. Le rythme insufflé à ce tome est lui aussi très cinématographique, les séquences s’enchainant sans transition ni « off » pour introduire la moindre scène. On sort de la lecture de cette bd en ayant l’impression d’avoir vu une projection en noir et blanc, la couverture rappelant elle-même fortement les affiches du cinéma de l’entre deux guerres.
Sur le fond, Pécau reprend beaucoup des thématiques de Lang. Le Mal est omniprésent sous de nombreuses formes, qu’il soit individuel à travers le sujet des tueurs en série (reprise du film "M le Maudit") ou collectif avec La Société des Araignées et ses objectifs tournés vers le chaos et la destruction (désir affiché du Dr Mabuse dans les films du même nom). Ces deux aspects du mal ne sont pas incompatibles, une des idées sous-jacentes étant que les êtres mauvais peuvent devenir les instruments plus ou moins volontaires d’une cause à priori mauvaise. Cette idée est même poussée plus loin puisque les premiers sont décrits comme le résultat d’une "éducation" qui leur est sciemment infligée.
Le rôle de M dans cette histoire se situe à la lisière des deux : d’instrument, il devient un élément perturbateur des plans de la société secrète. Le Dr Mabuse ayant pour habitude de ruiner au dernier moment les résultats de son travail de manipulation à vouloir trop en faire, est-ce à dire dans le cas présent que le Mal ne peut être combattu que par une autre de ses formes ? Peut-être…
Pour conclure, ce second tome confirme l’excellence mais aussi la noirceur de cette série qui réserve encore quelques surprises. Seul petit regret : une bonne connaissance du cinéma de Fritz Lang est nécessaire pour bien comprendre toutes les clefs et références proposées au fur et à mesure de la progression. On a quelques fois le sentiment de passer à coté de certaines choses (mineures), ce qui peut être frustrant même si cela ne nuit pas à la lisibilité de l’ensemble. Reste au final une histoire à la construction efficace dont on ne ressort pas une fois que l’on s’y est plongé.![]()
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