Brigade chimèrique (La) n°3 : L'homme cassé - Bon anniversaire docteur Séverac !
Scénario : Lehman Serge, Colin Fabrice
Dessin : Gess Stéphane
Couleur : Bessonneau Céline
Genre(s) : Science-fiction, Fantastique, Laboratoire expérimental
Éditeur : Librairie L'Atalante
Nombre de pages : 48
Dépot légal : 10/2009

© Librairie L'Atalante 2009 Collectif / Gess
Auteur de la chronique : Harpye

Dans l'Europe de la fin des années 30, une guerre sourde prend forme entre les "héros" et les "vilains" de la superscience. Fruits de diverses expériences ou "d'accidents" de tranchées de la Première Guerre Mondiale, ils ont pris le contrôle des capitales européennes. Ainsi le Docteur Mabuse étend son champs d'influence et de domination sur l'Europe de l'est depuis sa ville cachée de Métropolis, considérant les surhommes comme une élite appelée à dominer le monde. À Moscou "Nous Autres" défend des conceptions inverses, aidé d'une armée de mécanoïdes et, pense-t-on, de docteurs fous comme le docteur Moreau... À Paris, Irène et Frédéric Joliot-Curie ont repris en mains l'Institut du Radium après la mort de sa fondatrice Marie, mais ils se heurtent à la mainmise du Nyctalope sur le milieu superscientifique parisien et à sa passivité face à l'appétit de pouvoir de Mabuse... Au centre des fantasmes, la légendaire Brigade Chimérique, groupe de quatre super-héros qui auraient secondé Marie Curie au front pendant la Première Guerre, et qui aurait mystérieusement disparu à la mort de cette dernière en 1934.

Ce troisième volume de la série s'ouvre sur une série d'expériences menées par Irène Joliot-Curie pour reprendre contact avec le groupe, réapparu à la fin du tome précédent. L'occasion pour le lecteur de mieux comprendre leur nature...

Sur le même principe que La Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore, ou plus récemment Les sentinelles de Dorison et Breccia (mais dans un tout autre ton), l'ambition de La Brigade Chimérique est donc de combler un vide : l'inexistence supposée dans la littérature française de "super-héros" tels qu'on les croise aux États-Unis. Le choix du format et du découpage en chapitres d'une vingtaine de pages évoquent d'ailleurs bien les comics. Serge Lehman, passionné par la littérature d'anticipation scientifique et spécialiste des œuvres françaises du genre, met à profit sa connaissance du sujet pour créer un monde alternatif, niché dans un contexte historique précis et connu de tous, mais dans lequel les héros costumés trouvent logiquement leur place, quelle que soit leur nature. Le site officiel de la BD est d'ailleurs une mine de références et d'explications, qui démontrent la richesse et la cohérence de ce monde. On pourrait regretter alors que le propos de la BD-même soit parfois confus, une bonne culture littéraire étant nécessaire pour apprécier d'emblée cette richesse.

Ainsi croise-t-on, en sus des personnages historiques, "L'accélérateur", "le Nyctalope", "l'Homme élastique", "John-l'étrange" et son super-chien Sirius ou encore "le Passe-Muraille"... Si certains d'entre-eux sont présentés dans les contre-plats de l'ouvrage, la plupart interviennent tout de même dans la narration sans crier gare, au risque de perdre le lecteur. Une bonne idée des scénaristes est d'avoir inséré le personnage de George Spad, écrivaine couchant sur papier aventures ou biographie des super-héros, et fréquentant également le milieu des surréalistes, dont l'esprit cadre aussi bien avec l'histoire qu'avec le visuel qui en résulte.

Le dessin, ou plutôt "les images et la conception graphique", dixit la page de titre de l'album, ont été confiés à Gess (Carmen Mc Callum). On reconnait sa patte : un encrage appuyé, des traits et des ombres marqués, un certain schématisme dès que la caméra s'éloigne un peu. Mais ce qui caractérise son travail dans cette série, c'est l'utilisation régulière de différents rendus techniques : encrage classique et colorisation informatique et impersonnelle (couleurs de Céline Bessonneau), couleur directe, intégration dans le décor de photos ou de tableaux, auxquels s'ajoutent quelques "effets". Sans compter l'habillage des chapitres et des couvertures, dont le style diffère chaque fois. Gess fait office de designer, et il a fait le choix manifeste de ne pas uniformiser le tout, les "collages" se voient comme le nez au milieu de la figure, et si ce choix se respecte forcément, il est tout de même ce qu'il y a de plus gênant à la lecture de l'album. On relèvera tout de même que les personnages sont réussis, car chacun croqués avec des codes de représentation qui leur sont propres, ce qui permet de les cerner immédiatement et apporte parfois (volontairement ou non) une certaine touche d'humour.

En conclusion, si le talent de Lehman est d'avoir réuni ces personnages au sein d'un tout cohérent et crédible, sa faiblesse est de se contenter de survoler son sujet. On a parfois l'impression de regarder par une petite serrure un univers immense, et de rester à la porte. Quoi qu'il en soit, cela donne envie de découvrir ou de redécouvrir (pour les plus cultivés des lecteurs) les œuvres trop peu connues du grand public dont il s'est inspiré pour développer son univers.8.1 Bouton Commandez 100-30

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Notes

Scénario :
17/20
Le filon des super-héros européens reste grandement inexploité et l'est ici avec talent. On déplorera surtout que l'histoire s'éparpille parfois.

Dessin :
14/20
Parfois déroutant.

Couleur/N&B :
14/20
Pas évident de mettre en couleur ce type de travail. La coloriste a choisi la sobriété.

Contamination :
15/20
Une BD attractive, pleine de bonnes idées et plutôt bien fichue.

Édition :
12/20
Couverture mate, 48 pages, maquette travaillée, pour 11 €. Un beau petit bouquin comme sait les faire cette maison d'édition nantaise.



Total des notes :
72%