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Interview : Arno Monin - L'enfant Maudit

Suite à la sortie de l'Enfant sauvage aux Éditions Bamboo, le nouvel album d'Arno Monin nous avons souhaité rencontrer celui-ci pour faire un point sur ses projets et essayé de comprendre son étonnante avancé graphique depuis l'envolée sauvage.

*Rêviez-vous de faire de la BD quand vous étiez petit ?*

Arno Monin : Il se trouve que mon père collectionnait les BD et que la bibliothèque familiale était très fournie. Avec mes frères, on recopiait les couvertures, comme tous les gamins. Mais j'ai appris le dessin sur le tas et je ne me suis jamais senti le niveau pour en faire mon métier. En 2001, j'ai intégré une école privée d'arts appliqués à Nantes. La première année de prépa m'a été très utile car j'y ai appris les bases du dessin, mon évolution a été rapide. C’est une année riche, on a tout à apprendre. Puis j'ai fait une année de spécialisation en BD/animation, mais nous étions les premiers à essuyer les plâtres de cette formation et nous avons vraiment été une promo sacrifiée ... J'ai arrêté en fin d'année et j'ai monté un projet personnel. J'ai fait énormément de croquis, essayé différentes techniques, autour du même univers. Puis j'ai finalisé un dossier (recherches persos, décors, planches …) que j'ai présenté et remanié deux ans de suite au contact de différents directeurs de collection présents au Festival de St-Malo [NDR : Arno Monin est nantais]. J'avais de bons retours, mais différents éditeurs se sont rétractés. Finalement, un pote de l'école qui avait signé chez Bamboo [Geyser, série « Omnopolis »] m'a mis en contact avec eux et le directeur de collection de Grand Angle, Hervé Richez a soutenu mon travail et m'a envoyé différents projets de scénaristes. En 2005, j'ai signé pour le 1er tome de l'Envolée Sauvage.

*Qu'est devenu votre premier projet, celui que vous présentiez aux éditeurs ?*

Arno Monin : Il est dans un coin... L'histoire se passait sur une île, dominée par un astre… Un univers assez poétique, de l’humour, des décalages. Mais je n’en dis pas plus car je souhaite prendre le temps de le remanier un de ces jours ! En tout cas je ne regrette pas de ne pas l’avoir déjà réalisé car le scénario ne tenait pas suffisamment la route malgré des ingrédients auxquels je crois.

*Dans votre nouvel album, L'Enfant Maudit, le récit est lié à la Seconde Guerre Mondiale comme dans l'Envolée Sauvage. Est-ce une période que vous affectionnez particulièrement ?*

Arno Monin : Je n'ai pas d'univers de prédilection, c'est vraiment un hasard. Si l'histoire est bonne, je suis partant. Pour l'Envolée Sauvage, l'univers me faisait un peu peur. J'avais peur de mal gérer ce sujet, si particulier. C'est la même chose dans cette BD-ci. Je remarque que je ne tire pas assez de choses de la documentation que j'étudie, qu'il s'agisse de cette période d'après-guerre ou des années 60, dans lesquelles se passe principalement L'Enfant Maudit. J'ai pour objectif de tenter d'être plus tranché dans mes ambiances à l'avenir.

*Quelles sont vos influences ?*

Arno Monin : Je ne regarde pas la télé. Par contre je me gave de cinéma. Et surtout je fais de nombreux croquis à vue, pour mieux aller à la source. Ainsi mon trait peu évoluer, je ne suis pas trop attaché à mes codes « affectivement », je cherche des pistes d’évolution. Ce qui est vraiment rafraîchissant dans le dessin à vue c’est qu’on observe les choses sans passer par « le filtre » ou l’interprétation d’un autre. Je trouve agréable d'entretenir un trait vivant, ça empêche qu'il s'appauvrisse. Je dis ça et à la fois j'adore le dessin animé et m’en inspire clairement. Ça m'éclate vraiment. Je m'intéresse à toutes les recherches, à tous les styles, je me sers beaucoup d'Internet à ce niveau-là. L’anim est un univers très riche, même si vu de l'extérieur tout peut sembler uniformisé parfois par Disney et Pixar... (que j’adore totalement mais il y a plein d’autres choses).
J'aime aussi beaucoup la peinture du 19ème siècle, les impressionnistes,  des peintres qui ont un grand savoir faire et qui à la fois sont en rupture avec un académisme froid et statique... Mes influences sont donc multiples. Dessin, musique aussi, je m'éparpille ! C'est sûrement une de mes faiblesses, … et un atout ? … J’ai besoin de vivre comme ça, de mixer tout ça.

*On remarque une influence énorme de Pedrosa (Ring Circus, Trois Ombres, Brigade fantôme) dans votre dernier album. Est-ce volontaire ?*

Arno Monin : J’ai eu le plaisir de le rencontré 2 ou 3 fois... Je suis très "groupie" avec les gens que j'adore, un peu  peur de trop être influencé aussi, peur que la référence soit trop directe... Mais à un moment, il faut bien choisir une direction. Je suis toujours en recherche... Sur cette BD, le style évolue en cours de route. Le personnage principal par exemple. Ses traits sont assez anguleux au début, plus graphiques, ils s'arrondissent petit à petit, et sont d’avantage en volume, c'est particulièrement visible sur la couverture. J'ai aussi essayé d'ajouter des touches d'humour dans l'expressivité de certains personnages, petit plaisir personnel. J'ai une approche assez laborieuse du dessin, et ce que je retiens des discussions avec Cyril Pedrosa, c’est qu’il faut absolument chercher à s’éclater dans ce métier. Je n’y suis pas encore mais c’est mieux ! En gros je m’amuse d’avantage mais ne me lâche pas encore. Sinon je suis toujours en retard, alors j'ai cette fois confié les couleurs à Florent Bossard, qui avait déjà assuré comme stagiaire sur l'Envolée Sauvage. Coloriste certes mais il est aussi/surtout un sacré dessinateur, à suivre !

*Que connaissiez-vous du scénario avant de le dessiner, y avez-vous apporté votre touche personnelle ?*

Arno Monin : Les scénarios de Laurent Galandon sont écrits du début à la toute fin de l’histoire, je n'apporte ma touche que sur la forme, au moment du story-board. Il me donne le découpage planche par planche, case par case, je m'en imprègne et seulement alors je me permets de m’approprier le rythme (ajout, suppression, mixe de plans), jouer avec les dialogues. Ce qui est bien, c'est que Laurent joue peu sur les dialogues et raconte beaucoup par l'image, plutôt plaisant pour le dessinateur ! Le travail de Laurent est vraiment clair et efficace.

*Vous arrive-t-il de douter de vous ou d'être blessé par la critique ?*

Arno Monin : Je ne cours pas après la critique. Quand l'album sort, je récolte quelques avis, puis je vois ceux que l'éditeur me fait passer dans l'année. Pour l'instant, ça va. Sur l'Envolée Sauvage, j'aurais été beaucoup plus dur ! Je me sentais très isolé et largué pour prendre mes repères dans ce métier, et je me suis un peu endormi sur le milieu de l’album, j'ai eu une période de flottement... jusqu'à rendre de très mauvaises planches. [Déjà, à l'école, je n'étais pas très professionnel] C'est bien qu'on m'ait repris. Besoin de réactions !

*Le 1er tome de l'Enfant Maudit sort le 13 Mai 2009, avez-vous déjà commencé à travailler sur le 2nd ?*

Arno Monin : Le story-board est bien avancé, et j'ai commencé quelques pages, mais je ne continuerai pas avant d'avoir fini le story-board, pour pouvoir relire l'histoire complète et travailler la fluidité de l'ensemble.

>> Le site web de l'éditeur
>> Chronique du tome 1 de l'enfant maudit : Les tondues
>> Prépublication de quelques planches de l'enfant maudit tome 1

 

L'enfant maudit tome 1 : Les tondues © 2009 Bamboo Édition - Monin - Galandon

 

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