Dessin : Talbot Bryan
Couleur : Talbot Bryan
Genre(s) : Thriller, Aventure
Éditeur : Milady
Nombre de pages : 128
Dépot légal : 01/2010
Les canons de Napoléon ont eu raison de la Perfide Albion et le Rasoir National1 a débarrassé notre plus fidèle ennemi de sa famille royale. Les années ont passé et notre belle langue a remplacé leur sabir mais n’a pas fait plier les Anglais. Après presque deux siècles de domination française, ils ont pu s’émanciper de notre tutelle et constituer une république socialiste. En ce vingt et unième siècle, l’un de leurs agents se suicide dès son retour au pays. L’inspecteur LeBrock de Scotland Yard constate vite qu’il s'agit d'un crime maquillé. Il doit donc partir sur Paris poursuivre son enquête ; Paris la capitale du monde, celle qu’on appelle désormais Grandville. Il ne sait pas dans quel guêpier il s’est fourré car les Français détestent la gent anglaise, particulièrement depuis que des anarchistes d'Outre-Manche ont fait exploser la tour Robida2 avec des dirigeables.
Cette uchronie steampunk3 ne manque pas d’originalité ni de punch. Cela court, virevolte, tire, tue. Le héros n’est ni sans peur, ni sans reproches. Son nom LeBrock, anglicisation de Le Broc’h qui veut dire « blaireau/putois », tombe bien car ce brave inspecteur est justement un blaireau. Vous l’avez deviné, Grandville est aussi une bande dessinée animalière. L’histoire est plus proche de Blacksad que de Chlorophylle, mais avec davantage d’inventivité encore. C’est vrai que le steampunk permet toutes les fantaisies et tous les délires, mais le talent de Talbot est d’avoir su en faire un univers totalement cohérent et pas simplement gratuit. Qui plus est, le livre regorge de clins d'œil. Parmi les figurants vous pourrez ainsi croiser le personnage principal de Maus, Bécassine, Omaha4, ainsi que dans des rôles plus consistants Spirou et Milou. Mais n’ayez pas peur de rater les multiples références, elles seront reprises et expliquées dans la postface. Outre un coup de chapeau à Robida, Talbot en lance également à Gustave Doré, David (le peintre, pas le coiffeur !), Delacroix et Jean Ignace Isidore Gérard (1803-1847) qui signait ses caricatures, le plus souvent animalières, sous le pseudo de JJ Grandville.
Cet album est donc d’une grande richesse et d’une totale intelligence. Dommage que les dessins soient simplement corrects et les couleurs médiocres. Mais cela ne gâche guère le plaisir pris à la lecture. On sourit gaiement à l’anglophobie affichée par la plupart des personnages. Une question demeure pourtant, les lecteurs britanniques ont-ils pris la chose au premier ou au second degré, intention réelle de l’auteur ?
En attendant, le succès de cet album dans son pays d’origine, le Royaume-Uni, fait que Talbot est en train de concevoir la suite des aventures de notre inspecteur. Du talent, proposer une histoire de qualité, s’appeler Talbot : pas de doute, l’auteur doit avoir quelque part des origines françaises !
>> Venez discuter de la chronique sur notre forum
_____________________________________________________________________
1 : La guillotine.
2 : Robida (1848-1926) : dessinateur français célèbre pour avoir imaginé en dessins le XXème siècle.
3 : Rappelons brièvement que l'uchronie consiste à raconter ce qui aurait pu arriver dans un passé plus ou moins lointain, suite à un point d'inflexion de l'Histoire (par exemple Napoléon gagne à Waterloo). Le steampunk qualifie un genre d'uchronie où domine une technologie basée sur la vapeur plutôt que sur l'électricité et le pétrole, et dont les récits se déroulent souvent au 19ème siècle, avec parfois une dérive vers le fantastique (vampires, loups-garous...).
4 : Série américaine un peu coquine (1958-2004, K. Worley / R. Waller) publiée en France dans les années 90 par Comics USA.
Accueil
Chroniques
Actualités
WebZine
Recherche
Forum


