Dessin : Bertrand Philippe
Couleur : Bertrand Philippe
Genre(s) : Histoire, Adaptation
Éditeur : Delcourt
Nombre de pages : 109
Dépot légal : 02/2010
Louis-Henri de Pardaillan, Marquis de Montespan, a épousé Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart dont il est très épris. Mais le jeune aristocrate, désargenté et poursuivi par les huissiers, regrette de ne pouvoir couvrir sa femme de bijoux, d'autant que le couple n'est pas non plus le bienvenu à la Cour de Versailles. Il espère retrouver la fortune et la faveur de Louis XIV en s'illustrant sur les champs de bataille. Mais durant ses longues absences, Athénaïs est devenue la dame d'honneur de la Reine et a succombé à l'attrait de la vie versaillaise et... au monarque solaire dont elle sera bientôt grosse. Coqueluche et joyau de la Cour, elle est aussi réputée pour sa langue acérée que pour sa grande beauté, sa sensualité et sa vivacité d'esprit.
Alors que la plupart envient sa situation rentable de plus célèbre cocu de France, Louis-Henri n'en refuse pas moins de céder son épouse chérie à son rival, le Roi Soleil en personne - ou en divinité. Quatre années de mariage n'ont pas altéré les sentiments qu'il nourrit à l'endroit de la Marquise, mais que faire quand la dame de ses pensées se détourne de lui pour aller batifoler dans les draps royaux ? En deuil de son amour, moqué et méprisé, Louis-Henri n'aura cependant de cesse de faire laver l'affront du Roi de France et tous les moyens seront bons pour en découdre. Mais on ne provoque pas impunément Louis XIV...
Le Montespan, c'est tout d'abord l'époux d'une des plus - sinon la plus - célèbres favorites du Roi Louis XIV. C'est aussi un roman burlesque témoignant de l'amour pour son ingrate épouse de celui qui, coiffé de cornes imposantes, s'est ouvertement opposé au Roi Soleil. Jean Teulé a offert une tribune à son cocu magnifique et lui a rendu son honneur perdu. Feu Philippe Bertrand (1949-2010) s'est chargé d'adapter l'histoire en vignettes et a pris en main le scénario, le dessin et les couleurs. Ce dernier est notamment connu pour la série érotique Linda aime l'art, érotisme dont l'album qui nous occupe n'est pas dépourvu, un des hobby de l'époque étant le jeu de la bête à deux dos ou celui du "voir la feuille à l'envers"...
Beaucoup de passages du roman ont été passés sous silence, certes pour le bien de l'adaptation (qui compte encore tout de même 110 planches éditées en petit format) mais au grand dam de ceux qui l'auront apprécié, d'autant que nul récitatif ne vient rappeler sa narration savoureuse. Il n'y a en effet que les nombreux dialogues qui sont en partie retranscrits ; pour le reste, la parole est laissée à l'image. Cependant, cette dernière ne parvient pas à retransmettre entièrement l'esprit du roman. Il faut dire que Jean Teulé y est d'une crudité crasse alors que le graphisme de Philippe Bertrand est plutôt simple, fin, charmant et élégant. L'ombrage est fait de hachures délicates plutôt que de lourds aplats, la mise en relief des personnages réalisée dans des dégradés bruns est appliquée directement (comme le reste d'ailleurs) au pinceau, tandis que l'encrage est aussi léger que les mœurs de l'époque. Le tout apporte beaucoup de fraîcheur à une atmosphère rendue délétère par la dépravation, l'haleine malodorante et les dents gâtées. Bertrand a fait du Montespan un personnage triste et nostalgique tandis que Teulé renvoyait plutôt l'image d'un Gascon coléreux et plein de superbe, en dépit des gausseries de Cour.
En donnant son accord pour une adapatation du Montespan, Jean Teulé est en quelque sorte revenu à ses premières amours dont il s'était, à l'image de la Marquise, lui-aussi détourné pour embrasser entre autres la carrière d'écrivain (qui lui réussit davantage) ; lui qui, en 1984, avait été récompensé à Angoulême à titre de "contribution exceptionnelle" (et pas pour la qualité de son oeuvre...) pour l'album Bloody Mary (qui tenait plus du recueil d'images bidouillées, quasi photographiques, que de la bande dessinée). Cependant, cette adaptation littéraire du livre Le Montespan est loin de la verve "teulienne". Il ne reste du savoureux roman de Jean Teulé que des dialogues sabrés et des images qui ne font pas honneur à la gouaille de l'auteur, sans pour autant la discréditer. Simplement, le roman éponyme est d'une drôlerie succulente (quoi qu'en disent ses détracteurs) qu'il est bien difficile de traduire. Pourtant, indépendamment du roman, l'album n'est pas à jeter, loin de là. Il vaut même un petit détour.
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