Dessin : Martin Jaime
Couleur : Martin Jaime
Genre(s) : Drame
Éditeur : Dupuis
Nombre de pages : 80
Dépot légal : 03/2010
Tom vit dans le sud des États-Unis. Nous sommes au début des années 30 et le pays vient de sombrer dans le chaos (ainsi qu'une bonne partie de la planète, car lorsque l'Amérique éternue, le Monde a la grippe). Tom a dû vendre sa maison à une banque et se retrouve sur les routes à la recherche d'un travail. Comme beaucoup d'autres hommes dans son cas, il voyage clandestinement dans des wagons à bestiaux où il croise un jeune garçon doué pour raconter des histoires. Plus tard, au détour d'une route, il vient en aide à un homme malade qui vient d'embrasser devant ses yeux un poteau avec sa voiture. Mais ce Mr Hammond n'est pas seulement gravement malade, il est aussi le père du jeune fugueur du train qui racontait si bien Jack London. Touché par l'histoire de cet homme (et ne pouvant refuser un petit salaire), il accepte de partir à la recherche de ce garçon dont l'imaginaire l'avait attendri. Commence alors pour lui la longue traversée d'une Amérique dans ses heures les plus noires, gangrenée par le racisme exacerbé et la misère grandissante.
Toute la poussière du chemin est un road movie empreint d'une véritable tristesse que Steinbeck n'eût pas renié. Le récit accumule avec habileté, grâce à des astuces de scénario alliant flashbacks et digressions, absolument tous les mauvais côtés de l'Amérique malade de la fin des années 20 : crise financière à tous niveaux de la société, misère soudaine, racisme hérité d'une guerre civile encore trop récente, violence gratuite d'une cruauté insoutenable, individualisme. Il reste assez peu de place à l'optimisme, et pourtant le scénariste brésilien Wander Antunes arrive à faire exister un personnage profondément humain et plein d'espoir, sous un extérieur froid et dur nécessaire à sa survie. Toute l'histoire est basée sur sa recherche, bien sûr, mais aussi sur les rencontres qu'il va faire de personnages représentatifs des divers symptômes de la société malade. Tom va essuyer pas mal de coups et devra assister, voire participer, à des scènes allant à l'encontre de sa nature.
Le dessinateur, Jaime Martin, a un style bien à lui caractérisé par un trait épais et appuyé, par conséquent peu détaillé. Cette "grossièreté" du trait donne lieu de manière regrettable à des trognes assez horribles dans les plans éloignés, faces cadavériques ou extra-terrestres. Ce menu inconvénient n'empêche pas le dessin d'être très esthétique et personnel, très expressif et mobile malgré la lourdeur apparente du trait. La mise en scène est efficace et rythmée, sachant alterner moments rapides et lents, trépidants et introspectifs. Martin a choisi des couleurs tirant vers le vert pâle (ou même vert sale), fades, poussiéreuses, à l'image de l'ambiance.
Tantôt attendrissant, tantôt très énervant, ce récit sans complaisance n'est pourtant pas dénué d'une certaine lueur d'espoir, de par la personnalité du héros à laquelle nous avons pleinement accès, et de par son évolution positive dans un contexte totalement négatif. Un album intéressant, fluide, très fort en émotions diverses, et beau.
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