Sequana n°3 : La Cathédrale Engloutie
Scénario : Henry Léo
Dessin : Perger Stéphane
Couleur : Perger Stéphane
Genre(s) : Société, Histoire
Éditeur : Emmanuel Proust
Nombre de pages : 48
Dépot légal : 01/2010

© Emmanuel Proust 2010 Henry / Perger
Auteur de la chronique : Voltaire

Paris, fin janvier 1910. La Seine entame sa longue décrue (elle durera plus d'un mois) et le cycle séquanais s'achève. Les précédents albums avaient présenté les trois personnages prédominants de la série : Mgr Chelles, archevêque de Paris, Alice Treignac, jeune femme qui entend devenir médecin et Jean Faure, petit malfrat aux tendances anarchistes. Le hasard, ou plutôt le destin, avait entremêlé leurs vies, cet album montre comment ces liens vont se défaire.

Cet ultime épisode est sans doute le moins bon de cette trilogie séquanaise. En fait, il serait plus juste de dire « le moins exceptionnel » tant les deux premiers volumes étaient impressionnants. Ainsi, on serait tenté de dire pour cette conclusion « Tout ça pour ça ! ».

Jusqu’ici Léo Henry, telle une Parque, tissait le destin de personnages dignes d'une tragédie grecque. Ces héros, remplis de démesure et de passion, connaissent la plupart du temps des fins à la hauteur de leurs excès. Or ici, que nenni ! Tout se termine bourgeoisement, gentiment, aux quelques personnages historiques près, comme si l’auteur n’avait pu se résoudre à la destinée logique et tragique de certaines de ses créatures.

Du côté des dessins, même impression de retrait. Non pas que ceux de Stéphane Perger soient quelconques, bien au contraire. Car si son dessin n’est sans doute pas immédiatement accessible au plus grand nombre, il n’en reste pas moins que ses visages tordus par l’émotion, ses paysages dantesques et sa façon de mettre en page et d’éclater la planche font que chaque feuille est une composition qui prend autant aux tripes qu’à la tête. Cependant, les deux premiers albums dépeignaient avec tellement de puissance la crue de 1910 que nous étions, avec les personnages, complètement ruisselants, alors que parfaitement au sec, et grelottants, alors que douillettement installés au chaud.

Côté couleurs : mêmes commentaires ! En fait, Perger est complètement d’équerre avec l’histoire. L’inondation se termine, la neige est là, le soleil revient peu à peu et donc aussi les couleurs. Rien à dire, c’est parfait, tant Perger est un maître dans ce domaine (rappelons qu’il peint en couleurs directes). Mais nous étions tellement éblouis par les accumulations de pages maniant toutes les subtilités et nuances du bleu, du gris, ou comme dans le deuxième tome du noir et du jaune, que ce retour progressif à la normale en devient anodin.

Pour Léo Henry qui signe là sa première série, c’est tout de même un coup d’éclat. S'il a été fait part de la – relative – déception que pouvait être cet opus, que la furie des éléments déserte peu à peu, le scénariste est en fait à l’unisson de son titre. Il se trouve que « La Cathédrale Engloutie » était jusqu’à aujourd’hui un des préludes de Debussy, morceau d’un grand calme, de celui qui suit la tempête. Cette double correspondance n’est donc pas le fruit du hasard mais bien la marque d’une réflexion et d’un vrai savoir. Tout comme pour son dessinateur, nous attendons maintenant la suite de ses créations avec impatience...

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Notes

Scénario :
12/20
Solide mais sans le caractère bouleversant des précédents épisodes.

Dessin :
15/20
Stéphane Perger est déjà un de nos dessinateurs majeurs alors qu’il n’a pas encore 35 ans.

Couleur/N&B :
14/20
Du grand art.

Contamination :
11/20
On reviendra surtout vers les albums antérieurs.

Édition :
11/20
Sans défaut, ni originalité.



Total des notes :
63%