Dessin : Bihel Frédéric
Couleur : Bihel Frédéric
Genre(s) : Société, Histoire, Aventure
Éditeur : Casterman
Nombre de pages : 56
Dépot légal : 03/2010
Après nous avoir emmenés aux Indes (India Dreams) puis en Normandie (War & Dreams), les époux Charles nous proposent une nouvelle saga et de nouvelles rêveries, congolaises cette fois, avec cet Africa Dreams.
À l’orée du XXème siècle Paul Delisle, père blanc, part au Congo retrouver un géniteur honni pour avoir abandonné femme et enfant. Malgré de nombreux avis défavorables, le jeune homme, formaté par les écoles chrétiennes et la bien pensance de l’époque, tient à rencontrer son procréateur et finit par arriver dans une plantation lointaine et oubliée de tous. Là, il rencontre Jenny, la nouvelle compagne du père ainsi qu’une tripotée de demi-frères issus de multiples aventures amoureuses. Ainsi donc son paternel est réellement un paria. À moins que la réalité ne soit plus complexe que cela…
Il convient ici de séparer la forme et le fond, ou plutôt le récit et ce qu’il dénonce. À franchement parler, l'intrigue n’est guère passionnante. Elle prend une forme duale en racontant l’histoire du Congo via les aventures de l’explorateur britannique Stanley et celles de la famille Delisle. En l’état actuel de l’histoire, la présence de l’intrépide voyageur reste anecdotique. Quant aux membres des Delisle, hormis la voluptueuse Jenny, il est difficile de s’enthousiasmer pour un père guère présentable et un fils gentil mais assez benêt… pour l’instant en tout cas.
En fait, les auteurs reprennent la dénonciation[1] du système belgo-congolais qui a abouti à des atrocités : travail forcé, mains coupées, villages rasés. Rappelons qu’avant de devenir une colonie belge, le Congo avait été la propriété personnelle du roi des Belges pendant ¼ de siècle. Jusqu’à l’indépendance de 1960, le pays s’appellera d’ailleurs, au moins officieusement, Congo Léopoldville. Avec justesse, ils tendent à montrer que le système était vicié dès le départ. Pour faire face à l’exploitation de « ses » colonies, le roi a eu recours à un emprunt consenti par son propre royaume puis a fini par solliciter les autres cours européennes pour financer ses investissements africains. Le roi a donc des créanciers qui espèrent des intérêts. De ce fait, il va installer un système productiviste où la rémunération de ses agents sur place dépend de la quantité extraite de caoutchouc, de diamants, d’or, etc. Lesquels agents « recrutent » sur place une main d’œuvre corvéable à merci. Il n’est, bien sûr, nulle part question d’esclavage. À ceci près que la coercition mise en place aboutit aux dérapages évoqués plus haut, qui entraineront à partir de 1905 un scandale international énorme, lequel conduira au rattachement de la colonie à la Belgique en 1908.
Le plaidoyer des auteurs est formidablement servi par les dessins de Frédéric Bihel. Mais plus encore que ses expressions nuancées et délicates, c’est son talent de coloriste qui retient l’attention. Ses tons pastel, souvent à l’aquarelle parfois aux crayons, donnent à ses paysages une amplitude totale. Sur les visages, sa maîtrise s’exprime encore plus formidablement et arrive à dépeindre la naissance d’un sentiment. Vraiment du grand art !
Dans l’ensemble, il s’agit d’un bon album mais on attend la confirmation. En effet, ce premier opus ne peut être considéré que comme la mise en place des décors et des personnages avec une intrigue qui reste une Arlésienne.
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[1] Une campagne internationale, à laquelle participèrent les écrivains Arthur Conan Doyle, Joseph Conrad et Mark Twain, fustigea à compter de 1904 le souverain belge.
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