Coupures Irlandaises
Scénario : Kris
Dessin : Bailly Vincent
Couleur : Bailly Vincent
Genre(s) : Société, Drame
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 80
Dépot légal : 05/2008

© Futuropolis 2008 Kris / Bailly
Auteur de la chronique : Harpye

Christophe et Nicolas, jeunes Bretons de 14 ans, obtiennent de leurs parents l'accord de se rendre en Irlande dans une famille d'accueil pour améliorer leur anglais. Partir seul à cet âge et pour un périple aussi long est déjà une sacrée aventure en soi, mais c'est plus étonnant encore quand le récit se passe en 1987 et que la destination du voyage est Belfast, en Irlande du Nord, zone marquée par un siècle de conflits et secouée à l'époque par de nombreux attentats. Le scénariste Kris (Le monde de Lucie, Les ensembles contraires) met ainsi en scène un voyage qui a marqué son adolescence et fait de lui l'homme qu'il est aujourd'hui. Hébergé à son arrivée dans une famille du ghetto catholique avec Nicolas, il doit les quitter pour rejoindre dans les beaux quartiers protestants sa propre famille d'accueil, et il mesure ainsi le fossé culturel et social qui sépare les deux populations. Passant d'une famille à l'autre, d'un monde à l'autre, les deux garçons découvrent un quotidien inattendu où l'armée est omniprésente et les tensions récurrentes, mais où l'incompréhension mutuelle laisse parfois place à un certain recul et une certaine philosophie, qui ne fait malheureusement pas rempart à la haine endémique qui habite les esprits.

Côté ambiance, tout y est : quiconque est parti en voyage linguistique chez l'habitant en Irlande, même du Sud (ce qui est le cas de votre humble chroniqueuse), retrouvera un peu de sa propre expérience dans ce récit. La météo morose mais néanmoins capricieuse, l'importance de l'appartenance religieuse de l'autre, l'exotisme que les Français semblent représenter à leurs yeux... Bien sûr, l'Irlande, ce n'est pas que ça, mais le témoignage de Kris est assez représentatif de ce que l'on peut percevoir de ce pays à cet âge et dans ce contexte.

Côté dessin, V. Bailly utilise un style surprenant : esquissé, presque flou, ses décors sont pourtant travaillés et sa mise en scène offre quelques plongées et contre-plongées audacieuses mais pas toujours maîtrisées. Sa mise en couleur directe est riche, vivante, dense, mais souvent un peu envahissante : sa peinture épaisse, bien que connaissant quelques bons moments, a tendance à alourdir le dessin, et sur les personnages le résultat n'est pas très heureux. Ils ont parfois le teint terreux, l'ensemble est un peu "sale". Malgré tout, l'histoire est suffisamment porteuse pour qu'on oublie les défauts graphiques.

Enfin, un dossier d'une quinzaine de pages conclut cet ouvrage. La première partie, précisant la part autobiographique de l'histoire, est un bon complément sur le travail du scénariste. En revanche, les deux articles sur le contexte politique de l'Irlande du Nord restent complexes et un lexique aurait peut-être été le bienvenu pour qui n'est pas familier de l'histoire de cette région. Pour finir, trois témoignages apportent un autre éclairage sur ce conflit : une militante française, un journaliste spécialiste du conflit irlandais et un Nord-Irlandais installé à Brest. Intéressant sans être indispensable, ce dossier permettra à ceux qui le souhaitent d'approfondir leur lecture.

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Notes







Scénario :
14/20
Un regard intéressant et qui sait rester léger sur un conflit compliqué. Dommage que la fin soit un peu téléphonée.

Dessin :
12/20
Le style esquissé de V. Bailly est surprenant mais ne parvient pas vraiment à séduire.

Couleur/N&B :
14/20
La palette est riche et agréable, mais la technique employée est d'un rendu parfois un peu lourd.

Contamination :
13/20
À relire et à prêter, en espérant que cet album saura familiariser un large public à ce conflit.

Édition :
14/20
À la qualité habituelle des publications de l'éditeur vient s'ajouter un conséquent dossier de 15 pages. Que manque-t-il ? Des lunettes 3D ?... nan, j'rigole.