À l'occasion de la sortie le 18 mars de l'album Trois Instincts, dont vous pouvez découvrir quelques planches sur notre site, nous avons souhaité poser quelques question à son jeune auteur, Julien Parra.
1. Que rêviez-vous de faire quand vous étiez petit ?
Dessinateur de BD ! Je me rappelle qu’à 9 ans déjà, lorsque qu’en classe on nous donnait une fiche à remplir, où on nous demandait ce qu’on voulait faire plus tard, j’écrivais « dessinateur de BD ». Chose paradoxale, je ne lisais jamais de BD. Je n'ai lu mes premières BD que vers l’âge de 19 ans…
2. Pourriez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de ce qui vous a amené à la BD et au projet de 3 instincts ?
En sortant de mes études d’illustration et de graphisme à Marseille, j’ai tout de suite monté le projet 3 Instincts. L’idée m'est venue après avoir visionné le film 3 Extrêmes. Un recueil de 3 courts métrages, de 3 réalisateurs asiatiques dont j’apprécie énormément le travail. J’ai adoré ces films mais je trouvais que l’idée du recueil en triptyque pouvait être un poil améliorée. Je suis donc parti de cette base de 3 histoires différentes dotées de noirceur, dont j’ai travaillé le scénario en globalité et non individuellement, ce qui crée forcément au final des liens entres elles alors qu’elles peuvent se lire indépendamment. D’ailleurs le titre 3 Instincts est évidement très inspiré du titre 3 Extrêmes.
3. Sur 3 instincts, vous occupez tous les postes (scénario, dessin et couleur), ce qui procure indéniablement une grande liberté. Malgré tout, il s'agit de votre premier album : avez-vous éprouvé des difficultés ?
Oh que oui… En fait, entre la rencontre avec l’éditeur et la sortie de l’album, il s’est passé 3 ans. Mais en tout, il y a 10 mois de travail effectif. Seulement, entre les cours de dessin que je donne et les coups de déprime, ça a traîné... Et puis je bosse tout seul dans mon coin et quand on est en période de doute, c’est difficile.
4. Envisagez-vous de continuer votre carrière en solo ou avez-vous des projets (ou des envies) de travail avec d'autres auteurs ?
Je pense continuer seul. En fait, ce n’est pas dessiner qui me plaît. Ce que j’aime, c’est créer, raconter des histoires. Le dessin, par le média de la BD, n’est finalement que le moyen d’y arriver.
5. Vous avez réalisé les chapitres de cette histoire de 144 pages dans le désordre. Pourquoi ?
En signant le contrat avec l’éditeur, une seule des 3 histoires était entièrement écrite. Les autres n'étaient que de vagues synopsis mais avec le début, la fin et l’élément clé. J’ai donc commencé par dessiner la dernière histoire, qui était la seule à être écrite, puis j’ai dessiné la première et enfin la seconde. Tout simplement parce qu’au moment d’attaquer un nouveau chapitre, c’était celui-là que j’avais le plus envie de raconter.
6. Comment travaillez-vous, quelles sont vos techniques ?
Tout d’abord, il y a l’idée, j’écris tout sur des blocs-notes numériques. Puis vient le design des personnages. Ensuite, je reprends le scénario que j’étoffe. Je fais un pré-découpage en vignettes format timbre poste. Et je tire dans l’ordre 2 doubles pages, que je fais au brouillon à la taille finale (A4). A ce moment-là, le scénario peut encore évoluer, c’est souvent ici que de nouvelles petites idées se greffent. Ensuite j’attaque les planches finales. J’encre au stylo feutre. Et je ré-attaque une nouvelle série de 4 pages. Une fois qu’elles sont toutes terminées, je les scanne, apporte des retouches de dessin à la palette graphique et je place les onomatopées. Je mets toujours la couleur par ordi, et une fois terminée je place les bulles. Épreuve la plus difficile pour moi. Trouver les bons mots est un exercice qui me demande beaucoup d’efforts car je n’ai jamais été doué pour l’écriture. Peut-être est-ce pour ça que je dessine ?
7. Votre style graphique est emprunt d'une certaine douceur, voir même d'une certaine naïveté, qui laisse à penser que vous seriez à l'aise dans un registre plus léger et qui tranche avec la violence et la noirceur du scénario. N'avez-vous pas peur de déstabiliser les lecteurs et de passer à côté de votre public ?
C’est le pari que je me suis lancé. Séduire un lectorat qui apprécie ce genre de style et le surprendre par le scénario. Je suis très conscient du grand décalage entre mon style de dessin et le style d’histoire, mais je ne peux que le subir car je ne sais dessiner que comme ça. Et d’un autre côté, je pense que c’est ce qui fait la force de mon récit. L’histoire peut prendre aux tripes doublement car le style graphique induit une tout autre atmosphère. Ce qui rend les scènes violentes encore plus intenses.
8. Animation, séries live et jeux vidéos japonais : vous êtes un pur produit des années 80, et vous postez d'ailleurs sur votre blog un nombre conséquent de dessins en hommage aux héros qui ont bercé notre enfance (celle des trentenaires). Dans quelle mesure ces fictions vous ont-elles influencé ?
Je ne saurais trop dire. C’est juste comme ça. Quand j’étais petit, je dessinais aussi bien les Simpson que Picsou ou encore Musclor. A la pré-adolescence, c’était surtout Dragon Ball Z. A l’adolescence, c’était les dragons, les chevaliers, les elfes et les nains… Et maintenant je crée mes héros et mes histoires qui se passent le plus souvent dans notre monde contemporain. Je n’ai pas trop l’envie de créer un monde fantastique ou futuriste. Par fainéantise peut-être, mais aussi parce que tous les thèmes que je veux aborder dans mes scénarios sont basés sur la psychologie des personnages liée à notre société… Élevé au Club Dorothée, toute mon enfance a été bercée par ces dessins animé des années 80, peut-être une piste pour trouver la réponse au si grand décalage entre mon style de dessin et le style d’histoire ? Les fan-arts que je dessine, c’est plus de la nostalgie. Et ça me permet de dessiner un peu autre chose et ne pas réfléchir sur un design. Ça me fait sourire de dessiner les héros de ma jeunesse en me remettant à la place du petit dessinateur en herbe qui rêvait de pouvoir dessiner comme les pros.
9. Avec la sortie imminente de votre album, vous vous frottez depuis peu à la critique. Comment le vivez-vous ?
Très bien. Pour l’instant les gens sont très intrigués et ceux qui ont déjà pu lire l’album s’en rappellent, sont marqués par le côté très violent, et ont apprécié au final. Est-ce que je suis en train de gagner mon pari ? Je l’espère... Et je ne suis pas du genre à mal prendre la critique. Au contraire, une bonne peut me rendre très content et une mauvaise me re-booster pour faire mieux la prochaine fois.Je ne connais pas de dessinateurs qui font l’unanimité. Et je ne prétends pas à ça.
10. Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?
Je mets de côté le registre violent. Sur le prochain album, ce sera une histoire d’amour naissante entre 2 ados. Un huis-clos dans une chambre d’hôpital… Le projet n’a pas encore de nom mais ça devrait être le numéro de la chambre. Reste à trouver un chiffre qui ait un sens… Pour l’instant je suis en phase d’écriture. Je pense proposer le projet aux éditeurs pendant l’été. Car en ce moment je mets au point tout autre chose pour la rentrée scolaire 2010. Depuis déjà 3 ans, je donne des cours de dessin par le biais des médiathèques, collèges, lycées… Et maintenant j’ai l’envie et surtout l’occasion de créer mon propre atelier pour donner des cours de dessin hebdomadaires. Ça sera une pièce spécialement aménagée chez moi, à Six-Fours les Plages (près de Toulon). Et là j’élabore le programme pédagogique.
11. Vous avez été fan de catch. Connaissez-vous les travaux autour de la publication trimestrielle Lucha Libre, et qu'en pensez-vous ? Envie d'y participer ?
J’aime beaucoup le style de Bill, Gobi et Fabien M. Je trouve ces dessinateurs très talentueux. Mais Lucha Libre tourne autour du catch mexicain et je n’y connais vraiment pas grand chose. Ma culture du catch, c’est plus celle de la WWF des années 90. Une proposition de participation sur une telle publication m’honorerait, même si je doute avoir le style adéquat pour ça. De toute façon j’ai tellement de projets dans ma tête à faire sortir que je n’aurais pas le temps pour dessiner autre chose. D’ailleurs, pour rester dans le thème, j’ai dans mes cartons une histoire qui mettra en scène un catcheur (fictif) au Canada dans les années 90. Je la réaliserai sûrement après avoir terminé le projet dont j’ai parlé plus haut.
>> Retrouvez les premières planches de l'album en preview sur notre site !
Trois instincts © Emmanuel Proust 2010 / Julien Parra
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