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Dossier : Mnemovore de Mike Huddleston

Mnemovore est une mini-série fantastique - dans tous les sens du terme - parue en 2005 chez Vertigo (filiale de DC), forte de 6 numéros et toujours inédite en France. On se demande bien pourquoi.

Grand espoir du snowboard américain, Kaley Markowic a mal anticipé une courbe (1) et gît sur un lit d’hôpital, la mémoire en vrac. Commence pour elle un long ré-apprentissage auquel contribuent dans un premier temps ses parents et sa grand-mère, plus ou moins mourante, et dont les sibyllins propos éveillent la curiosité du lecteur à défaut de celle de la jeune fille. Après d’infructueux essais, on décide de la renvoyer à Denver, où elle s’entraînait et vivait avec son petit copain, Scott. Or justement, un soir, elle découvre une bestiole qui a littéralement envahi la bouche et les narines de son petit ami. Elle se bagarre avec la bête, savant mélange de l’alien primal du film du même nom et d’une pieuvre lovecraftienne, avant de s’effondrer sur le sol (fin de l’épisode 1).

Au matin, l’attitude de Scott a changé, plus irritable et soupe au lait. Kaley a-t-elle vécu un rêve, a-t-elle rêvé une altérité ? Elle essaie de se remettre les idées en place et part après sa séance chez le psy faire un tour dans une station de ski des alentours où elle va rencontrer Ethan, qui prétend être son ex-petit copain. Dans le même temps, Mike Neville, homme de marketing et de communication, pète un plomb au moment même de recevoir un trophée professionnel (fin de l’épisode 2). Quand Kaley rentre chez Scott, celui-ci ne la reconnaît pas et la chasse, menaçant d’appeler la police. Désormais, les événements vont s’accélérer. Impossible d’en raconter davantage sans dévoiler le devenir de certains personnages.

On aura compris que cette série recèle une véritable originalité qui apparaît dès le titre. Les bestioles ne sont que de voraces dévoreuses de mémoire tombées sur un bec en la présence d'une amnésique, Kaley.

Le récit fait parfois penser à L’invasion des Profanateurs de Sépultures dont il faut à tout prix voir les versions de Don Siegel (1956) et Philip Kaufman (1978) (2). On se souvient qu'à l'origine le film de Don Siegel se voulait une dénonciation du McCarthysme. Il avait même décidé de terminer son film par un gros plan du héros avec la phrase suivante :"Next time you !". Sur un mode d'horreur, il anticipait la trame de Ionesco dans Rhinocéros (1959) qui se voulait aussi comme une dénonciation de la montée du fascisme chez les gens ordinaires. Or on peut remarquer que Mnemovore a débuté au début de la deuxième mandature de Bush fils. Sans parler de "fascisme", qui serait très excessif, on conviendra tout de même qu'il s'agissait d'une politique réactionnaire. Alors même si cet élément était inconscient chez le scénariste (a fortiori s'il était conscient), il n'est pas anodin de voir ce nouveau récit, certes différent sur maints détails des deux précédents, naître sous des auspices politiques assez similaires et avec des structures narratives structurellement identiques.

Bref, ce récit est de la bonne science-fiction d’horreur, même si l’histoire mitonnée par Hans Rodionoff et Ray Fawkes est plutôt linéaire. Elle est remarquablement servie par les dessins de Mike Huddlestone et surtout les couleurs de Jeremy Cox. Le premier nous offre un graphisme d’une nouvelle tendance de l’école américaine : pas d'hyperréalisme, pas de héros body-buildés, mais une touche de caricature chez les personnages dans des décors qui privilégieraient le vérisme. Bref, obtenir une sensation de pseudo vérité. Mais le gros atout de l’ensemble sont les couleurs de Cox qui sait jouer avec toutes les tonalités verdâtres sur une page, pour exploser de couleurs sur la page suivante (les scènes sur fond de neige par exemple). Mieux encore, ses touches d’orange sur les tentacules noires des monstres donnent davantage de relief à ces bébêtes dignes de Cthulhu, Yog-Sothoth ou encore Nyarlathotep (la taille en moins toutefois).

Il y a quelques directeurs de collection qui feraient bien de se secouer les puces !

Les images sont © Vertigo 2005 à 2010

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(1) Normal qu’elle ne soit pas efficiente dans ses courbes puisqu’elle s’appelle Markowic et pas Markowitz... (blague uniquement destinée aux financiers).

(2) Celles d’Abel Ferrara (1993) et d’Oliver Hirschbiegel (2007) sont loin de figurer au rang de nécessité.

 

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