Dessin : Boucq François
Couleur : Boucq François, Gérard Sébastien
Genre(s) : Western
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Nombre de pages : 56
Dépot légal : 06/2008
Suite à la mort de son père, Bouncer est le nouveau gardien de « La Terre Sacrée ». Victorieux de son combat face au plus valeureux des guerriers apaches, le chef de ces derniers, Toro Negro, lui accorde toute sa confiance. Malheureusement, Bouncer ne peut éviter le massacre de toute la tribu et ne parvient à sauver qu’une jeune Indienne. À l’origine de cette tuerie, une rivière souterraine, seule richesse de la région, suscite la convoitise d’individus sans scrupule à la solde d’une mystérieuse veuve noire.
Pour ce nouveau Bouncer, Alexandro Jodorowsky (L’Incal, la Caste des Méta-Barons, le Lama Blanc…) nous brosse avec sa précision habituelle une galerie de portraits originaux hauts en couleurs. Tout y est : des Indiens, des méchants aux mines patibulaires, des moins méchants qui ne payent pas de mine, un ancien officier de l’Union sans scrupule et sa bande, un bandit sanguinaire et ses cinq rejetons féroces, une institutrice prude (ou peut-être pas), une richissime veuve mystérieuse mais pas vraiment éplorée, jusqu’aux inévitables Chinois qui, pour une fois, ne se cantonnent pas à la traditionnelle blanchisserie. Tout ce petit monde tient son rang à merveille dans une intrigue sans concession où l’on se demande bien qui pourra bien tirer son épingle du jeu. Nul doute que beaucoup laisseront des plumes (mais pas de goudron) dans cette histoire rude et âpre comme l’époque. De plus, « Jodo » ne se perd pas dans de longues descriptions et une fois les décors plantés, donne la priorité à l’action, très présente dans ce tome 6. En contrepartie, on pourrait reprocher certains dialogues parfois vulgaires (ce ne sont pas les premiers) ne se justifiant pas nécessairement (ou alors de manière un peu moins virulente) ainsi que quelques situations un peu tirées par les cheveux : pour preuve, cette balle ricochant sur un rocher dont l’éclat assommera notre héros le laissant inconscient pendant… deux longues journées. Mais rien de bien important au final, ces quelques détails ne nuisant nullement à l’ensemble de l’œuvre.
Au rayon dessin, une confirmation : François Boucq (Les Pionniers de l’Aventure Humaine, Le Janitor...) n’a plus rien à envier à Jean Giraud dans le traitement et le réalisme des paysages de l’Ouest américain. Alternant extérieurs grandioses et intérieurs détaillés, combats sanglants et ambiances plus intimistes, Boucq maîtrise son sujet de bout en bout, enrichissant le tout par une mise en scène efficace et dynamique. Et comme son association avec Sébastien Gérard à la couleur est au diapason de l’ensemble du travail, on se dit qu’il n’y a vraiment pas grand-chose à jeter. Certes, et puisqu’il faut bien malgré tout trouver quelques imperfections, les esprits chagrins pourront toujours évoquer un manque de détails sur certains visages (je dois avoir un sacré problème avec les rides, moi) ou un encrage un peu trop appuyé et des teintes beaucoup trop « bleues/vertes » lors des brèves scènes souterraines ou de nuit. En définitive, le seul vrai regret est ce manque de recherche et d’originalité de la couverture. Il existe à mon goût trop de ressemblances avec celle du tome 5 (La Proie des Louves) : l’attitude et la position du Bouncer sont étrangement similaires et la silhouette de la veuve noire ressemble à s’y méprendre à la fille de Chester Grant, le bourreau assassiné.
Au final, la série de Jodorowsky et Boucq est définitivement une valeur sûre qui se bonifie au fil des albums. Il va falloir donc attendre impatiemment la sortie du tome 7 pour connaître la conclusion de ce nouvel opus. Souhaitons, mais sans trop d’inquiétude, qu’elle soit à la hauteur de nos espérances.
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