Marins perdus (Les)
Scénario : Belin Clément
Dessin : Belin Clément
Couleur : Belin Clément
Genre(s) : Société, Roman graphique
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 84
Dépot légal : 06/2008

© Futuropolis 2008 Belin / Belin
Auteur de la chronique : Moun

Abandonné par son armateur et saisi par la justice, l’Aldébaran est bloqué « au bout du bout » du port de Marseille depuis cinq longs mois. À son bord, Abdul le capitaine, Diamantis son second et Nédim un membre d’équipage vont cohabiter et partager leur détresse. Mais la cité phocéenne qui les accueille se révélera être le catalyseur d’un drame d’où personne ne sortira indemne.

Pour son entrée dans le monde de la BD, Clément Belin nous livre une adaptation réussie du roman de Jean-Claude Izzo. Les dialogues directs et concis, soulignant la difficulté de communication entre les personnages et la réticence à se livrer à l’autre, accentuent avec force l’atmosphère intimiste et de désœuvrement dans laquelle se trouvent les trois marins restés à quai. Bien que « bridé » par l’obligation (volontaire ou non) de coller au récit original, Belin laisse transpirer tout au long de l’histoire sa bonne connaissance et son attachement au milieu de la marine marchande (il est marin). Cependant, on pourra regretter parfois un léger manque de clarté dans la narration ainsi qu’une fin quelque peu galvaudée qui aurait tout aussi bien pu survenir efficacement deux pages plus tôt.

Côté dessin, les gueules cassées, burinées par la mer ou par la (sur)vie dans les bas-fonds marseillais, semblent travaillées au ciseau à bois et soutiennent avec vigueur et précision le récit. Marseille, son port et les docks nous sont livrés sans fioritures, d’un trait de crayon qui peut sembler imparfait voir hésitant à certains moments mais qui, au bout du compte, amplifie le drame social qui se déroule sous nos yeux.

Mais l’auteur ne s’est pas arrêté là. Afin d’enfoncer définitivement le clou, il a pris le parti de noyer le tout sous un lavis sépia triste à en pleurer, à peine rehaussé de quelques discrètes nuances colorées, mais ô combien efficace.

Vous l’aurez compris, ce premier album est une réussite. Clément Belin met tout en œuvre pour que le lecteur s’immerge complètement dans cette histoire. Et le résultat est à la hauteur de ses espérances. Souhaitons qu’il transforme l’essai lors de son prochain album avec, pourquoi pas, un scénario plus personnel ou à défaut original.

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Notes

Scénario :
14/20
Il bénéficie sans nul doute de la qualité de l'œuvre d'origine.

Dessin :
14/20
Brut de décoffrage, comme les personnages.

Couleur/N&B :
13/20
Simple, certes, mais d’une grande efficacité.

Contamination :
14/20
On se retrouve coincé nous aussi à bord de l’Aldébaran. Mais volontairement et par plaisir.

Édition :
13/20
84 pages dont 82 passionnantes pour 16€50 : on en redemande.



Total des notes :
68%