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Interview : Florent Maudoux - Freaks' Squeele

Alors que vient de sortir au mois de juillet 2008 Freaks' Squeele, le premier album de Florent Maudoux, et suite à notre chronique de ce même album paru chez Ankama Éditions, nous avons décidé de contacter l'auteur pour en savoir un peu plus sur lui et son travail, mais aussi pour en apprendre davantage sur la genèse de sa BD et son intégration au label 619 d'Ankama.

1. Que rêviez-vous de faire quand vous étiez petit ?

Faire de la BD ou du dessin-animé. Mais pour faire plaisir à mes parents, je disais que je voulais devenir toubib.

2. Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de ce qui vous a amené à la BD, où avez-vous appris le dessin ?

J'ai intégré l'école des Gobelins section animation après un an de prépa, avant ça j'ai suivi des études de mathématiques récompensées par un DEUG complètement inutile. Ensuite j'ai bossé dans le jeu vidéo en tant qu'animateur 3D chez Eden Games (personnages principaux sur Kya et Titeuf) et en tant que story-boarder sur le dernier Alone in the dark. Puis j'ai embrayé sur l'univers de la figurine où j'ai travaillé pour Rackham en tant que concepteur (charac design en gros) et illustrateur. Pendant tout ce temps j'ai préparé tranquillement, puis de plus en plus activement, un dossier BD qui mettait en scène une école de héros. Sur la fin, je ne faisais que de la BD pendant mon temps libre, sous forme d'un story-board assez avancé qui sera la base de travail du premier tome de Freaks' squeele. Sans le soutien inconditionnel de ma compagne, je doute que ce projet ait pu voir le jour, en effet c'est elle qui m'a encouragé à démarrer les aventures d'une démonette gaffeuse.

3. Comment est né le projet de Freaks' Squeele ? En quoi s'intègre-t-il dans le label 619 ?

J'ai proposé mon projet à pas mal d'éditeurs de manga français et à quelques éditeurs de franco-belge sans grand succès. Si j'osais spéculer je dirais que mon style n'est ni assez japonais pour les éditeurs de manga en recherche de légitimité, ni assez européen pour des éditeurs un peu frileux qui ne désiraient pas sortir du A4 46p couleur traditionnel. J'ai fini par avoir un bon contact avec un très gros éditeur (je garde d'ailleurs un très bon souvenir de mon accueil), qui me proposait de dessiner des BD en partenariat avec un scénariste sur un projet de SF qui traînait dans leurs cartons, contrat en béton à la clef...
Mais lorsque Ankama m'a proposé de faire mon projet, je n'ai même pas hésité. J'ai visité les locaux et rencontré Tot et Run, on s'est vite trouvé des points communs et une certaine vision de la BD, la volonté de faire évoluer tout ça. Lorsque Run m'a proposé de faire partie d'un label qu'il montait avec Raf, j'ai sauté sur l'occasion. Je me sens proche de leur travail, ça a été assez naturel finalement. Dans une certaine mesure, les trois titres du label (Mutafukaz, Freaks' Squeele et Debaser) posent un regard critique sur notre société, mais avec une personnalité, un graphisme et des moyens scénaristiques très divers. Unis dans la différence, ça m'a beaucoup plu comme concept.

4. Pourriez-vous nous préciser qui sont Tot, Run et Raf (leurs fonctions au sein d'Ankama) pour que votre propos soit plus clair pour le lecteur ?

Tot est l'un des trois fondateur d'Ankama, aujourd'hui c'est devenu une espèce d'homme orchestre qui s'occupe de scénariser Dofus et Wakfu, il supervise aussi le dessin animé et les jeux vidéo. C'est un gars avec une énergie folle et des idées plein la tête. Run est l'auteur de Mutafukaz et le fondateur du label 619, il a pas mal galéré pour trouver un éditeur qui voudrait bien de son projet atypique. C'est un pionnier et un mentor pour nous. Actuellement il s'occupe de l'édition chez Ankama et de son projet Mutafukaz, un univers énorme qui commence seulement à dévoiler son ampleur. Raf (ou Rafchan), est l'auteure de Debaser : le troisième titre du label 619. Son dessin hyper énergique et complètement jubilatoire est très très contagieux, alors attention en ouvrant sa BD/Manga !

5. Quels sont les artistes, les fictions télé ou les BD (mangas ou autres) qui vous ont le plus influencé pour créer cet univers et vos personnages ? N'aviez-vous pas peur de ne pas réussir à vous démarquer ?

Je ne revendique pas d'influence directe, tout ce que je peux vous citer ce sont des œuvres que j'aime lire comme les livres de Neil Gaiman, Robin Hobb, Glen Cook. Je suis aussi client des mangas de Hiroaki Samura, Naoki Urasawa ou Kiyohiko Azuma. Pour ce qui est du cinéma ce qui me vient en tête ce sont les films de série B (Carpenter, Romero, le cinéma espagnol), les frères Cohen, Johnnie To et Tsui Hark. J'apprécie aussi beaucoup la qualité de certaines séries américaines (Damages, Dr House, Desperates housewives...). Je me suis fixé comme objectif d'écrire une histoire qui vient du fond du cœur, quelque chose d'intègre et d'honnête, le plus libre de toutes influences. Il parait que mon propos et mes interrogations rejoignent celles d'Alan Moore, j'en suis très honoré et flatté. Du coup, j'ai vraiment peur de lire ses œuvres de peur d'être trop influencé par son écriture et de me retrouver à faire du sous-Moore.

6. Quelles sont vos techniques de travail ? En particulier, quelle est la part du travail par informatique ?

Le tome est écrit à l'avance, j'ai une idée de la trame générale et de la répartition des évènements, je me laisse beaucoup de liberté au cas où une bonne idée ferait son apparition en cours de route. Tout planifier serait un tue l'amour à mon sens. Ensuite je bosse le story-board, des esquisses assez dégueulasses que seule ma compagne, en dehors de moi, arrive à lire. Là je peux faire les retouches que je veux, si une scène me parait trop molle ou inutile je peux tailler dans le lard sans remords. Ma compagne m'aide aussi sur cette étape, elle me dit ce qui ne va pas ou ce qui n'est pas compréhensible. Ensuite, j'attaque la planche à proprement dit, je fais tout sur ordi, je jongle entre deux logiciels (Photoshop et Mangastudio) qui me permettent un gain de temps énorme, je peux tomber une page par jour grâce à ce procédé.

7. Vous parlez beaucoup de  votre compagne ? Est-elle dans la même branche professionnelle que vous ?

Ma compagne sort de la fac de pharmacie, elle n'a aucun rapport avec le monde de la BD sinon moi. En fait, je fais confiance à son œil acéré et à son sens critique. Pour l'instant nous n'avons pas prévu une collaboration plus avancée sur cette BD ni sur une autre. Évidemment elle m'inspire beaucoup, et le personnage de Xiong Mao lui doit pas mal de choses.

8. Vous arrive-t-il de douter de vous ou d'être blessé par la critique ?

J'ai beaucoup de chance, hormis quelques critiques techniques tout à fait justifiées, je n'ai pas eu à subir de jugement défavorable quant au scénario. Donc pour l'instant, difficile de se prononcer là dessus. Dire qu'une critique négative ne me toucherait pas serait mentir, mais je ne désespère pas de pouvoir tout encaisser avec dignité et panache. Par contre, après un certain succès auprès de gens dont l'avis compte vraiment pour moi (et auprès de beaucoup qui me rejoignent dans l'aventure), je dois confesser qu'une nouvelle pression apparaît, celle de devoir faire aussi bien sinon mieux pour les prochains tomes.

9. Pour promouvoir cette série, vous vous êtes plié aux « joies des dédicaces ». Avez-vous une anecdote à ce propos ?

Pour l'instant assez peu d'anecdotes qui mériteraient d'être racontées. J'ai fait un robot violeur pour quelqu'un que je connais du forum BD Trash et un chic type m'a dessiné le premier fan art de ma série. Par contre, j'ai pu enfin rencontrer beaucoup de gens que je connaissais via les forums, c'est vraiment quelque chose de les voir en vrai et de pouvoir enfin discuter de vive voix.

10. Pouvez-vous nous parler du développement de la série Freaks' Squeele ? Et quel en sera le rythme de parution ?

Avec le rythme que je m'impose, je serai en mesure de sortir un tome tous les huit mois, donc le prochain épisode arrive en février 2009. Pour ce 2e tome, j'ai prévu d'en raconter plus sur Ombre et nos trois apprentis héros auront à faire face à de terribles révélations quant aux forces qui régissent leur avenir. On verra aussi pour la première fois les élèves de Saint Ange dans leurs bonnes œuvres. Pour la suite c'est plus flou, tout dépend du succès, le minimum étant 5 tomes pour l'arc scénaristique en cours. J'ai des idées de spin-off qui développeraient certains personnages, peut-être même des époques différentes... Là, je rejoins la manière dont les auteurs respectifs ont développé Donjon et Dofus/Wakfu. Faire quelque chose d'aussi cohérent sur mon univers me tente beaucoup. Mais là on parle d'un avenir assez lointain soumis à énormément d'aléa...


>> Chronique de Freaks' Squeele 1 : Étrange université

Freaks' Squeele © 2008 Ankama Éditions - Maudoux - www.ankama-editions.com

 

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