Sillage n°11 : Monde flottant
Scénario : Morvan Jean-David
Dessin : Buchet Philippe
Couleur : Buchet Philippe
Genre(s) : Science-fiction, Aventure, Action
Éditeur : Delcourt
Nombre de pages : 48
Dépot légal : 09/2008

© Delcourt 2008 Morvan / Buchet
Auteur de la chronique : Cain

Suite à son procès, Nävis a été laissée en liberté mais a été renvoyée des services secrets de la Constituante et ses biens mis sous séquestre. Contrainte de vivre de petits boulots, elle est contactée par son ancien avocat pour aller récupérer Bobo, impliqué dans une guerre civile sur une planète au sein de laquelle Sillage semble, une fois de plus, manœuvrer pour servir ses propres intérêts...

On le sentait venir depuis un moment, et voilà, on y est : voici l'album "japonais" de Philippe Buchet. Depuis le pseudo-crépuscule rougeoyant qui nous accueille sur cette planète en passant par l'architecture, les paysages, les costumes ou encore les us et coutumes, tout, absolument tout, évoque un peu la Chine et beaucoup le Japon. Et pas n'importe lequel : celui des estampes de l'époque Edo, les ukiyo-e, les "images du monde flottant". Exit cependant le sens originel, celui de l'impermanence des choses. Contexte de SF oblige, les auteurs donnent un sens plus prosaïque à l'expression : celui d'un minerai anti-gravité... Pour le reste, tout y est ou presque, même le contexte historique est à peine maquillé (les « bateaux noirs » du commodore Perry sont devenus des vaisseaux spatiaux de Sillage) et il faut bien admettre que niveau exotisme, le dépaysement n'est pas au rendez-vous pour quiconque est familier de ces images.

Ce parti pris scénaristique et esthétique soulève un deuxième problème : celui des stéréotypes. Un peuple autarcique fermé aux étrangers, des femmes soumises, et j'en passe... Le regard que Nävis porte sur cette société, c'est le nôtre, celui qu'ont porté jadis les occidentaux sur le Japon et que, bien souvent, ils portent encore. Et les conclusions qu'elle tire de sa meilleure connaissance de ce peuple sont, elles aussi, des lieux communs pour quiconque s'intéresse un minimum à cette culture. C'est bien, mais pas suffisant : l'idée même de représenter ce peuple sous une forme évoquant les fourmis (image quelque peu raciste qui a parfois été associée aux Japonais) laisse perplexe. Là encore, on regrettera que les auteurs, qui connaissent bien le Japon pour y vivre en partie, n'aillent pas plus loin dans leur analyse et n'apportent rien de plus.

Concernant la trame de fond de la série, cet album ne fait pas beaucoup avancer les choses : nouveau mentor, nouveau job. Dommage que le procès ne soit qu'évoqué, car il aiguisait fortement la curiosité. On y reviendra sans doute plus tard, mais l'ellipse pèse tout de même un peu trop lourd, surtout à cause de la légèreté du reste.

Niveau dessin : rien à redire. Buchet maîtrise son sujet et ses personnages, dans un style qui reste franco-belge dans ses principes et ne semble pas trop se laisser influencer par les codes de la BD nippone, la manifestation la plus visible en étant l'apparition de plus en plus fréquente de "personnages mannequins" au détour des planches, qui parfois peuvent perturber l'ordre de lecture, mais c'est peu de chose et cela ne choque pas.

Les couleurs sont, comme d'habitude, vives et variées, et la mise en lumière travaillée en douceur. On aimera ou pas les couleurs choisies pour ce monde, mais ce qui est sûr c'est qu'on en a plein nos petites mirettes, rien à redire là non plus.

Ce tome nous laisse donc sur notre faim. C'est toujours un plaisir de retrouver le personnage de Nävis, original et intéressant, au sein d'un contexte qui ne l'est pas moins, mais compte tenu des bouleversements survenus dans sa vie, on n'attendait pas forcément une énième aventure sur une énième planète. Comme ses prédécesseurs, cet album est difficile à appréhender seul et il prendra sans doute tout son essor dans la globalité de la série.

>> Venez discuter de la chronique sur notre forum

Notes







Scénario :
13/20
Simple et pas très prenant. Il se calque sur le contexte japonais sans s'en démarquer. Dommage pour ceux qui connaissent déjà bien le Japon.

Dessin :
15/20
Excellent comme toujours, mais on aimerait ressentir une évolution.

Couleur/N&B :
14/20
Agréables et efficaces, même si on n'est pas totalement conquis.

Contamination :
14/20
Un nouveau Sillage est toujours un évènement, même si celui-ci est un peu en dessous de ce qu'on attend. Le fan est difficile...

Édition :
11/20
Format classique chez Delcourt. Mais qu'ils sont pénibles à mettre le tome 11 en édition "hors commerce" dans le pack promotionnel avec le 1 offert (faites l'inverse bon sang !!!)