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Dossier : The Black Beetle - Partie 1/2

Par Voltaire

Dark Horse Comics nous régale en ce moment d’un nouveau héros : The Black Beetle !

Enfin, « nouveau héros », c’est vite dit dans la mesure où ce Scarabée Noir a été conçu en 2009 suite à un vote sur le blog du dessinateur Francesco Francavilla. Le dessinateur italien qui travaille désormais pour l’industrie des comics s’occupe à l’époque de Black Coat, un héros masqué qui lutte contre les forces anglaises lors de la guerre d’indépendance américaine. Si la série est estimable, Francesco n’est pas le seul maître à bord puisque les scénarios sont signés Adam Cogan et économie oblige, les dessins restent en noir et blanc. De plus la revue est éditée par une petite maison d’édition, Gunpowder Press, une division de la nébuleuse bien que sympathique mais fort confidentielle Ape Entertainment.

  Bref, Francesco piaffe un peu et propose à ses web-lecteurs de choisir entre deux héros : Max Malone (ill. 1) ou Black Beetle (ill. 2). Aux deux tiers, ils choisiront Black Beetle. La chose est intéressante en soi, car Max Malone semblait être un privé américain d’aujourd’hui pris dans des affaires ésotérico-futuristes alors que Black Beetle est un pur rejeton des pulps américains [1], avec une atmosphère des années 30/40 dont le héros type est le Shadow originel (ill. 3) [2].

Mais à cette dimension initiale, Francavilla ajoute celle qu’on pourrait qualifier de néo-pulp/fantastique et qu’on retrouve notamment dans les créations de Mike Mignola [3]. Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard si on retrouve plus qu’un air de famille entre Lobster Johnson, créé en 1999 et qui sévit justement dans cette Amérique des années 30 (ill. 4) et Black Beetle (ill. 5).

Il serait d’ailleurs intéressant qu’un sociologue ou mieux encore un ethnologue se penche sur cette vague de fond qui fait que le public occidental se tourne de plus en plus massivement vers des récits au passé, mais un passé subjugué, fantasmé, aussi crédible qu’un conte de fée mais aussi prenant pour un auditoire fasciné.

La mode des uchronies [4] dans la bande dessinée francophone et celle des romans policiers « historiques » participent vraisemblablement de ce même mouvement. Nostalgie d’un pseudo âge d’or ? Crainte d’un avenir plutôt sombre ? Un peu de tout cela sans doute.

Mais revenons à notre héros. Quelques planches format paysage (encore que compte tenu des origines de l’auteur « format à l’italienne » serait plus approprié !) paraissent alors sur son blog. L’action se déroule à Constantinople en 1934 et cette histoire intitulée Kara Böcek (Insecte Noir en turc !) qui fait 11 planches reste aujourd’hui encore inachevée. On comprend que le héros de l’histoire est un Américain, Thomas Sawyer, et que la méchante, mais ravissante, est une nazie, Elsa Vogel. On n’en saura pas vraiment beaucoup plus dans la mesure où, bien que l’histoire soit estampillée Black Beetle, le héros costumé n’a pas le temps d’apparaître. On peut penser qu’il s’agisse de Thomas Sawyer, à moins que ce nom qui fleure bon Mark Twain ne soit qu’une couverture.

On reste bien sûr sur sa faim mais on demeure estomaqué par la qualité apportée à ce qui n’est qu’une démonstration, une sorte de bouteille à la mer pour trouver un éditeur. À ce titre la planche 6 est totalement inventive puisque la mise en cases se confond avec la vitrine du magasin et se poursuit dans la rue (ill. 6).

Quoiqu’il en soit le bouche à oreille commence à fonctionner et finalement Dark Horse Comics, aujourd’hui le troisième éditeur indépendant de comics (derrière Image Comics et IDW Publishing, rappelons que Marvel et DC appartiennent désormais à Disney et Warner) trouve que le personnage a un sacré potentiel. Il annonce donc qu’une première aventure sera présentée par épisodes dans sa revue Dark Horse Presents.

 C’est donc au numéro 11 (avril 2012) que sortent les 8 premières planches de Nightshift et c’est d’emblée un succès.

… À suivre.

Feuilleter Kara Böcek



[1]
Pulps (abréviation de « pulp magazines ») : publications bon marché, très populaires aux États-Unis jusque dans les années 50. Tous les genres étaient abordés (romance, policier, western...) et ils contribuèrent grandement à l’essor de la science fiction.
À lire :
http://www.cafardcosmique.com/La-Grande-Histoire-des-Pulps

[2] The Shadow est un célèbre héros de pulps des années 1930-40, créé par Walter B. Gibson. Apparu dans de multiples comics et films, sa célébrité est surtout due à une émission de radio qui lui était consacrée.

[3]
Mike Mignola : Hellboy, Lord Baltimore, Batman (comics et films), Wolverine...

[4] Alors que les récits d'anticipation déterminent ce qui pourrait arriver dans le futur, les uchronies racontent ce qui aurait pu arriver dans le passé. Le point d'inflexion de l'Histoire, par exemple Napoléon gagne à Waterloo, est appelé point de divergence.



Références illustrations :
ill. 1 : Max Malone, teaser 2 ; © 2009 Francesco Francavilla
ill. 2 : Black Beetle, teaser ; © 2009 Francesco Francavilla
ill. 3 : The Shadow, Death From Nowhere ; © 1939 Street & Smith Publications - Walter B. Gibson
ill. 4 : Lobster Johnson, The Iron Prometheus #2 ; © 2007, Dark Horse Comics - Mike Mignola, Jason Armstrong
ill. 5 : extrait de The Black Beetle, No Way Out #2, page 6 ; © 2012 Francesco Francavilla
ill. 6 : The Black Beetle, Kara Böcek, page 6 ; © 2010 Francesco Francavilla

 

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