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  • Une école de manga à Angoulême en 2015

    En septembre 2015, une école de formation au métier de mangaka devrait ouvrir ses portes à Angoulême.

    Ce n'est pas la première école du genre en France, mais le choix d'Angoulême, qui propose déjà une offre de formation conséquente dans les domaines de l'image soutenue par la dynamique du Pôle Image Magelis, semble particulièrmeent pertinent.

    Cette filiale de la Human Academy acceuillera environ 40 élèves pour une formation de 2 ans, orientée sur le manga mais abordant bien sûr des arts connexes (animation, jeux vidéo). Coût de la formation : 7000 €. À ce tarif, l'étudiant bénéficiera également de cours de japonais ainsi que d’un voyage au Japon. Les candidats pourront se manifester à partir de novembre via le site internet de l’école et seront recrutés sur dossier (niveau équivalent à Bac+3).

     

  • Expo Bilal - Toulon - du 18 oct. au 4 janv.

     

    Du 18 octobre au 4 janvier, l'Hôtel des Arts de Toulon proposera une exposition rétrospective et thématique de l'oeuvre d'Enki Bilal, autour du lien "ville et mer" : Oxymore & More.

    Peintures, films et extraits de film, vidéos, tirages agrandis de planches d’albums ou encore objets détournés, ce sont une centaine d'oeuvres minimum qui sont annoncées.
    Le commissariat d’exposition a été confié à Pascal Orsini (organisateur du festival de Solliès Ville).

    Le lancement de cette exposition accompagnera la sortie (le 22 octobre) de son prochain album La Couleur de l’air (éd. Casterman), qui conclut sa trilogie du "Coup de sang" commencée avec Animal’z et poursuivie avec Julia & Roem.

     

  • Le Château des Étoiles - parution le 24 sept.

     

    À l'approche de la parution en album du Château des Étoiles (éd. Rue de Sèvres), qui paraît sous forme de feuilleton d'une vingtaine de pages depuis mai, l'éditeur a lancé un site internet consacré à la série, qui vient compléter la page Facebook déjà bien fournie.
    Il propose bien sûr de découvrir la série et ses personnages, mais aussi une courte interview d'Alex Alice et une revue de presse qui permet d'approfondir.

    Dans cette belle uchronie à mi-chemin entre Jules Verne et Miyazaki, Alex Alice imagine une "course à l'éther", qui permettrait la conquête de l'espace en cette fin du 19ème sièce.

     

  • Étude sur les usages de la BD numérique

    Le Labo BnF publie le résultat d'une étude menée avec la plateforme de BD numérique Izneo, au sujet des usages de lecture de la bande dessinée numérique.

    Créé en 2010, le Labo BnF est un espace de présentation libre et gratuit des nouvelles technologies de lecture, d'écriture et de diffusion du savoir : écran géant tactile, réalité augmentée, liseuses, tablettes... Il s'agit pour la BNF de répondre aux défis lancés par la révolution numérique et la dématérialisation des supports, concernant nos usages de lecture, d’écriture et de recherche.

     

  • Expo Margerin - jusqu'au 31/10/14 - Banyuls

    Jusqu'au 31 octobre, Frank Margerin s'expose au Musée Maillol à Banyuls-sur-Mer (66).

    Pourquoi au musée Maillol ? Il semblerait que ce soit la vieille amitié entre F. Margerin et O. Lorquin, Président actuel du musée (pour qui Margerin réalisa quelques pochettes de 45t dans les années 80), qui soit à l'origine de cette exposition.

    Grand prix du Festival d'Angoulême en 1992, F. Margerin est un illustrateur incontournable de la culture rock française (Lucien, Ricky Banlieue) qui dépeint avec humour, justesse et une certaine nostalgie la France banlieusarde des blousons noirs, flippers et mobylettes.

    Ce sont 70 planches originales, de 1972 à 2009, qui sont exposées.

     

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Dossier : Historietas - la BD argentine - Partie 4


Lire la partie 1

Lire la partie 2
Lire la partie 3

Par Voltaire

Ses origines sont déjà tout un roman. Ses aïeux écossais et irlandais ont quitté la Grande-Bretagne pour s’installer en Australie. Mais en ce XIXème siècle, le pays continent n’est pas encore ce lieu de Cocagne qu’il est devenu aux yeux du monde d’aujourd’hui. Une grande grève incite quelques centaines de travailleurs à quitter ce bout du monde pour aller plus loin encore : le Paraguay !

Suite à la guerre qui l’a opposé au Brésil, à l’Uruguay et à l’Argentine, le pays est exsangue, la plupart des hommes sont morts dans la guerre et on en est au point où la polygamie est sinon encouragée, au moins autorisée. Le gouvernement a besoin de bras et promet aux migrants des terres cultivables. Il n’en faut pas plus pour que nos « Australiens » aillent fonder une colonie utopiste, New Australia. Nous sommes alors à l’aube du XXème siècle et la Grande Guerre va bientôt ensanglanter l’Europe. De ces « Australiens » qui s’engageront dans l’armée de sa Gracieuse Majesté, certains mourront au front dans les Flandres, d’autres retourneront en Australie et quelques-uns reviendront au Paraguay. La famille de Robin Wood sera de celles-là.

Ce type de colonies existe encore aujourd’hui. Il faut s’imaginer des pays immenses à faible densité dans lesquels la population est concentrée en quelques endroits seulement. Ainsi 30% des Paraguayens vivent dans la capitale et sa banlieue et un tiers des Argentins sont porteños. Ce besoin d’occuper l’espace est donc autant économique que militaire. De fait, ces colonies bénéficient de divers avantages qui fluctuent au gré des gouvernements. En règle générale et pour autant qu’ils ne soient pas un foyer d’agitation, ces lieux sont oubliés par le pouvoir et donc libres de faire à peu près ce qu’ils veulent.

C’est dans ce contexte que Robin Wood (ill. ci-dessus), puisque c’est de lui dont il s’agit, va être élevé. Sans père, il est trimbalé d’orphelinat en orphelinat, avec une scolarité qui ne dépassera jamais le stade de l’école primaire [1]. Dans ce contexte difficile, l’enfant s’évade par la lecture et c’est elle qui va former sa culture. Comme pour beaucoup de Paraguayens, l’exil économique s’appelle Argentine [2], il n’est donc pas étonnant de le retrouver à Buenos Aires alors qu’il n’a pas 20 ans, vivant de petits boulots. Il s’inscrit à l’École Panaméricaine d’Art et est vite repéré par les éditions Columba qui lui proposent un poste de scénariste.

NIPPUR DE LAGASH, GILGAMESH ET QUELQUES AUTRES
C’est en 1967 qu’il crée Nippur de Lagash dont l’action se situe initialement dans la Mésopotamie du XXIIIème siècle avant J.C. mais qui débordera bien vite vers l’Égypte et l’Anatolie antique. Il fait alors équipe avec le dessinateur Lucho Oliveira (1942-2005). Quand presque 50 ans plus tard on relit ces histoires, on constate que dessins comme histoires sont largement perfectibles. Pourtant on est interloqué et presque fasciné par la saga qui se met en place. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si de nombreuses années plus tard son pays natal émettra une série de timbres à l’effigie de ses personnages (ill. ci-contre).

Il faut préciser qu’à la différence des BD franco-belges qui, à l’époque, sont livrées par paquets d’une ou deux planches à suivre, le standard argentin est d’offrir un récit complet en 12 ou 14 planches, ce qui ne permet pas d’offrir des histoires très élaborées. Mais Wood contourne bientôt la difficulté en insérant un fil conducteur général, ce qui fait que chaque récit complet peut en fait se définir comme le chapitre d’une longue histoire. Quant à Oliveira, passionné par la civilisation sumérienne, il affine son dessin et offre parfois des détails dignes de livres d’histoire (ill. ci-dessous).
Attention, il ne faudrait pas prendre cette série pour ce qu’elle n’est pas, à savoir une reconstitution historique minutieuse. Les anachronismes, volontaires ou non, abondent. En 1969, Oliveira passe la main à Sergio Mulko car il préfère lancer sa propre série, Gilgamesh l’immortel (ill. ci-dessous). Comme le titre l’indique, on revient à la Sumer des origines, agrémentée toutefois d’un aspect science-fictionnel notamment au travers de voyages dans le temps, ce qui permet au dessinateur de donner libre cours à sa passion des reconstitutions historiques.
Pour autant la saga Nippur continue. Elle va même continuer pendant plus de 30 ans (1967-1998), regrouper près de 500 épisodes (environ 6 000 planches) et user plusieurs dessinateurs dont Ricardo Villagran (1938) [3]. Pour donner une idée de l’importance de cette saga, rappelons que Tintin fait à peine plus de 1 300 planches, Astérix un peu plus de 1 500, environ 3 500 pour Lucky Luke, etc.

Ce qui caractérise l’œuvre de Wood est d’offrir le plus souvent des sagas de grande longueur. À titre d’exemple Kozakovich et Connors est une série d’aventures plutôt courte. Elle fait quand même 600 planches, l’équivalent de 13 albums. Dax, qui se situe en Chine à l’époque des concessions européennes, fait près de 700 pages (ill. ci-contre), Helena [4] plus de 1 000 (ill. ci-dessous) et ce n’est rien par rapport aux deux grandes sagas qui marquent l’œuvre de Wood : Savarese et Dago.

Savarese (1978) raconte l’histoire d’un jeune Sicilien qui, au début du XXème siècle, quitte son île natale pour fuir la mafia. À son arrivée aux États-Unis, les événements vont l’entraîner à s’engager dans la police et nous offrir ainsi un panorama quasi complet de la prohibition (ill. ci-contre). Chaque épisode le montre luttant contre le monde du crime mais aussi grimpant dans la hiérarchie de la police. Mais l’auteur ne se limite pas à cela et nous fait pénétrer, comme pour chaque série, dans la vie intime du personnage. On va donc voir se nouer ses relations avec Ingeborg, assister à leur amour naissant, à la naissance de leur fille mais aussi à la déchéance de cette jeune épouse, accro à la drogue. Car l’autre grand point fort de Wood est qu’il n’épargne pas ses héros. Nippur va vite devenir borgne (ill. ci-contre), Savarese est veuf, Dago balafré (ill. ci-dessous), etc.

On vient de mentionner Dago qui est sans aucun doute l’opus magister de Wood. Commencée en Argentine en 1981, l’œuvre se continue toujours en Italie aujourd’hui, les éditions Columba ayant disparu en 1996.
C’est Alberto Salinas (1932-2004), le fils du dessinateur que nous avons croisé au chapitre précédent, qui officie aux dessins. Depuis, d’autres dessinateurs se succèdent [5], à raison d’un album par mois [6]. On pourrait penser qu’une telle abondance nuit à la qualité de l’histoire : il n’en est rien !

César Renzi est un noble vénitien victime d’un complot et jeté pour mort à la mer. Récupéré par des marins turcs, il va connaître moult aventures et parcourir en tous sens le monde de la Renaissance. L’Europe bien sûr mais aussi l’Afrique avec notamment l’Abyssinie (ill. ci-contre) et l’Amérique des conquistadores évidemment. Wood s’attache à rendre sa saga aussi authentique que possible. Elle est donc violente, on ne compte plus les exécutions par décapitations (ill. ci-dessous), et fortement sexuée.
Le seul anachronisme évident consiste en la rencontre entre le personnage de Vlad Tepes, qu’on connaît mieux sous le nom de Dracula (ill. ci-dessous) et Dago, surnom dont a hérité César. Le Dracula historique est d’ailleurs une créature qui a inspiré Wood puisqu’il lui consacre, toujours avec Aleberto Salinas, deux albums (118 planches) qui sont remarquables de par leur précision et leur acuité historique [7] (ill. ci-dessous) et relèguent à des années-lumière l’album Vlad Tepes [8] pourtant illustré par Hermann et scénarisé par son fils Yves H.
Là encore la place nous manque pour détailler cette saga assez unique en son genre et les autres créations de Wood. Aussi revenons sur un fait majeur, la création de la revue Skorpio.

LE BAISER DU SCORPION
Skorpio est à l’origine une revue de bande dessinée argentine. L’aventure commence en 1974 et s’achève en 1996 avec la déconfiture des éditions Columba. Jusqu’à sa disparition, Oesterheld [9] collaborera d’ailleurs à ce journal publié par Ediciones Record. Dans le même temps (1975), la société italienne Eura Editoriale lance dans la péninsule LancioStory (ill. ci-contre), revue mensuelle de BD. Compte tenu des liens qui unissent l’Italie et l’Argentine [10] une offre de partenariat voit le jour et en 1977, Eura Editoriale lance la version italienne de Skorpio (ill. ci-dessous), sous le même titre et la même formule. Il est à noter que la revue italienne existe toujours tandis que l’argentine a disparu depuis près de 20 ans.

Ceci amène donc cette puissante maison d’édition [11] à s’intéresser de près aux auteurs et artistes argentins. Bien vite la maison italienne passe un accord avec Columba Editoriale et Wood est donc également publié en Italie. Mais il ne va pas être le seul, loin de là.
Ray Collins [12], Ricardo Barreiro, Hector Oesterheld bien sûr, Juan Zanotto, Carlos Trillo vont envahir les pages italiennes. Côté dessinateurs, ce n’est pas mal non plus, outre Zanotto déjà cité on retrouve Enrique Breccia [13], Ernesto Garcia Seijas, Domingo Mandrafina [14], Enrique Alcatena [15], Alberto Salinas, Horacio Altuna, Juan Gimenez, Eduardo Risso [16], etc.
Tous ces créateurs vont peu ou prou finir par s’installer ne serait-ce qu’un temps en Europe. L’Espagne sera l’un de leurs points de chute et là encore la collaboration hispano-argentine sera féconde.

La France n’est pas absente de cette invasion mais va assez peu utiliser les bandes argentines. En revanche, elle va faire appel aux artistes argentins pour des créations originales ou pour des reprises de créations espagnoles ou italiennes.
La Caste des Méta-Barons (ill. ci-contre) du Chilien Jodorowsky et de l’Argentin Gimenez est un assez bon exemple mais il est loin d’être le seul. Custer que l’on connaît en France sous le titre de Carnage + a été créé en Espagne pour Zona 84 avec Jordi Bernet aux dessins. Même chose pour Claire de Nuit (ill. ci-dessous) lancée en 1992 dans le journal El Jueves, etc.

Assurément c’est Carlos Trillo qui sera le plus publié chez nous avec pas loin de 100 albums parus depuis 1983, sans compter les intégrales et nouvelles éditions [17]. Il ne s’agit pourtant que d’une partie de son œuvre.
Il est à noter que Trillo, mort brutalement en 2011, a essentiellement travaillé, même lors de son « exil » européen, avec des dessinateurs argentins, le Catalan Jordi Bernet étant l’une des très rares exceptions qui confirme la règle. Carnage + (1986), La Belle et la Bête (1989), Claire de Nuit (1992-2011) sont quelques-unes de leurs étapes communes.
Mais il donne également sa chance à de jeunes artistes comme Juan Bobillo (1975) avec qui il réalise Bird (2001-2004), Anton Blake (2005) ou encore Zachary Holmes (2001-2002). Dans ce lot de jeunes pousses on trouve Pablo Tunica qui, s’il n’a pas vraiment percé en Europe, est néanmoins un des fidèles collaborateurs de la revue Fierro sur laquelle nous reviendrons mais aussi et surtout Carlos Meglia (1957-2008).

Ce dernier débute réellement dans une filiale des studios Hanna-Barbera en Argentine. Il travaille notamment sur les dessins animés des Schtroumpfs, Scooby-Doo ou les Pierrafeu puis lance avec Trillo en 1991 la série Cybersix (ill. ci-contre). C’est elle qui lui ouvre les portes des États-Unis où il officie sur les comics de Star Wars, Tarzan et quelques autres. En Europe, il se fait un nom avec Canari (2005-2007). L’avenir semble radieux mais le destin en a décidé autrement. Il meurt du cœur alors qu’il a à peine 50 ans.

Véritable Pygmalion de la BD, Trillo collabore également avec Eduardo Risso (1959). Ensemble ils réalisent plusieurs one-shots et la série Fulù (ill. ci-contre). Mais leur chef d’œuvre est sans doute Simon, une aventure américaine (1993) (ill. ci-dessous), œuvre d’une noirceur superbe où les dessins en noir et blanc rejoignent les sombres tonalités du scénariste.

Bref, on le voit, le chemin d’Italie en Argentine qu’avaient emprunté à la fin des années 40 Hugo Pratt et consorts s’est transformé en exode d’Argentine vers l’Italie et partant vers la France et l’Espagne avant que plusieurs de ces créateurs tentent leur chance aux États-Unis.

Le scorpion a donc embrassé quelques continents !

SYNAPSES HURLANTES ET MÉTALLIQUES
On sait que Métal Hurlant (1975-1987) a donné naissance à Heavy Metal aux États-Unis [18], on sait moins qu’il a inspiré la revue Fierro (ill. ci-contre) (1984-1992). « Fierro », c’est pour les Argentins aussi bien le couteau, arme de prédilection des gauchos, que Martin Fierro célèbre poème (1872) de José Hernandez sur, justement, un gaucho. La revue paraît au moment où la junte militaire passe à la trappe et choisit comme slogan « le journal des survivants », tout un symbole et tout un programme. Parmi les auteurs, on retrouve Ricardo Barreiro que l’on avait déjà mentionné au chapitre précédent. Parti se réfugier en Italie lors de la dictature militaire, il retourne en Argentine à la chute de celle-ci et offre en 1987 à Fierro l’histoire de Parque Chas. Sous sa plume et avec les dessins d’Eduardo Risso, ce quartier de Buenos Aires devient un véritable labyrinthe [19], une sorte de triangle des Bermudes kafkaïen dans lequel on retrouve Borges et Maradona (ill. ci-contre) dans des rôles un peu inattendus. Toutefois les différents apports de l’auteur au genre fantastique ne doivent pas faire oublier qu’il est aussi et peut-être même surtout un écrivain de science-fiction. Son séjour européen s’était notamment traduit par Le Pêcheur de Brooklyn (1984) où l’on découvrait un New York ravagé par la pollution (ill. ci-dessous). Est-ce dû à leur histoire souvent dramatique, toujours est-il que la science-fiction argentine est souvent dystopique alors que pendant longtemps les États-Unis ont plutôt été attirés par le space opera. Ce n’est finalement qu’avec la fin de la guerre du Vietnam que la BD américaine a commencé lentement à intégrer ces lendemains qui ne chantent pas, le plus souvent d’ailleurs dans un contexte post apocalyptique [20].

C’est dans ce contexte que s’inscrit la série Barbara (1979-1982) avec Juan Zanotto (1935-2005) aux pinceaux. Le monde a été ravagé par une guerre atomique. Les populations sont revenues à un état quasi sauvage et vivent désormais en tribus qui se font plus ou moins la guerre les unes avec les autres. Barbara a été rejetée de son clan et vit dans les ruines de Buenos Aires (ill. ci-contre), prétexte à de multiples aventures [21]. La série fait 37 chapitres de 12 à 16 planches, pour un total de 514 pages. Elle est quasiment inédite en Europe, nos voisins italiens ayant publié en 4 volumes les 23 premiers chapitres, et encore, en remontant les dessins, la pagination passant ainsi de 325 à 266 !
Zanotto nous fait la grâce de nous offrir une héroïne pleine de charme (ill. ci-contre) que le scénario de Barreiro renforce par un érotisme de bon ton.

Curieux parcours que celui de Zanotto. Il nait à Turin en 1935 mais ses parents décident de partir en Argentine en 1948. Et c’est à l’Ecole Panaméricaine d’Art qu’il va apprendre le dessin sous la direction de Breccia et Pratt [22]. Décidément l’histoire a de bien curieuses facéties !

Ce sont à peu près les mêmes recettes qu’utilise Emilio Balcarce (1956), toujours avec Juan Zanotto, dans Cronache del Tempo Medio (1987) (ill. ci-contre). Cette fois-ci nous sommes 80 ans après l’holocauste mais une certaine technologie moderne et même futuriste existe encore. L’héroïne, Safari, est aussi désirable que Barbara et peut-être même plus. Si l’ensemble est bien emballé et correctement fait, l’originalité n’est pas la qualité première de cette série.

Pour autant Safari n’est rien à côté de l’héroïne suivante que crée Zanotto, seul cette fois : Falka. La série commence sous le titre Horizontes Perdidos (1993). L’action se situe sur la planète Alphard IV et bien vite Falka va troquer sa combinaison spatiale pour une tenue (ill. ci-contre) qui fait penser à celle de Red Sonja. La série est donc un mélange de space opera et de survivalisme. Elle se décompose en 2 titres différents, un premier de 5 volumes sous le titre d’Horizons Perdus, un second de 3 albums sous le titre de Falka [23] pour un total de 499 planches.
C’est encore seul qu’il assume Los Ladrones del Tempo (1998) pour lesquels nos amis italiens ont changé ces « voleurs de temps » en « chasseurs de temps ». Si cette série est incontestablement de la science-fiction, elle emprunte de nombreux aspects fantastiques, notamment dans le premier des 2 tomes (ill. ci-contre). Et si l’érotisme y est moins présent, les personnages féminins sont néanmoins toujours aussi désirables.

D’une manière plus générale, le dessin de Zanotto est clair, il sait aller à l’essentiel tout en donnant une foultitude de détails. Ses décors sont souvent impressionnants et inspireraient n’importe quel metteur en scène. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à l’une de ses anciennes créations, Henga el Cazador, que l’Italie a transformé en Yor il Cacciatore (ill. ci-contre). Cette série qui mélange science-fiction et préhistoire a été portée à l’écran par Antonio Margheriti sous le titre Yor, le chasseur du futur (1983). Le film récolta 3 nominations aux Razzie Awards, trophée qui récompense les pires films, acteurs, musiques, etc.

Puisque nous avons commencé ce paragraphe avec Ricardo Barreiro autant le refermer avec lui. Ciudad (1991) est l’une de ses collaborations avec Juan Gimenez. Un homme rentre un soir de discothèque et emprunte incidemment la rue Aleph, allusion directe à Borges [24], ce faisant il bascule dans un monde parallèle (ill. ci-contre). Quand on vous disait que fantastique et science-fiction faisait intimement partie de l’univers argentin !

LE RETOUR D’UNE PROVINCE PERDUE
Ce survol trop rapide n’a pas cherché à être complet. Il comporte des lacunes volontaires et involontaires pour lesquelles la distance et une histoire heurtée ont disséminé les éditions originales dans différents pays et différentes langues.
Ce faisant nous n’avons cherché qu’à remettre à l’honneur un pays qui a davantage compté dans l’histoire de la bande dessinée qu’on ne le pense, qui célèbre ses BD (ill. ci-contre)(cf Paseo de la Historieta) et dont l’influence s’est même fait sentir, fugacement il est vrai, en France.
Si nous avons pu vous donner le goût de connaître quelques-unes de ces œuvres ou, mieux encore, de découvrir l’Argentine, cette courte étude n’aura pas été vaine. D’autant que dans l’un et l’autre cas, vous ne le regretterez pas

Viralement vôtre !


LA BD ARGENTINE EN 10 ALBUMS


Après ce survol argentin, il nous a semblé naturel de vous signaler 10 albums qui soit parlent de l’Argentine, soit sont dus à des auteurs argentins. Il ne s’agit en aucun cas d’un palmarès des meilleurs albums, sentiment tout à fait personnel à chaque lecteur. Ainsi Perramus a un style narratif qui ne laisse personne indifférent, le sentiment neutre n’existe pas. Soit on aime, soit on déteste. Les dessins de Carlos Nine dans la série Pampa provoquent les mêmes effets. Nous avons donc cherché ici à mettre en exergue des œuvres accessibles à tous et dont l’objet est de rendre un parfum argentin. Notre règle a été de ne retenir que des albums édités en français. Les voici classés par date de première publication en France.


Drago - 1971 (Serg)
En novembre 1945, lassé de dessiner Tarzan, Burne Hogarth crée cette BD située dans une Argentine de carte postale. Un gaucho, Drago, se mesure à un groupe de nazis dirigé par le baron Zodiac. C’est totalement kitsch mais superbement dessiné, tout à fait dans le style hollywoodien de l’époque.



Mafalda
- 1972 (Jean-Claude Lattès)
Dix ans après l’Argentine, la France découvre cette troupe de gamins. On pense bien sûr à notre Petit Nicolas. Mais si on y retrouve une tendresse identique, le héros de Goscinny et Sempé reste dans le monde de l’enfance tandis que les personnages de Quino, sous un aspect enfantin, sous-tendent des problèmes de société et d’adultes. Des intégrales existent chez Glénat.


Mort Cinder – T. 1 : Les Yeux de Plomb - 1974 (Serg)
Une œuvre inquiétante et envoûtante. Fantastique dans toutes les acceptions du terme. Les aventures suivantes ne sont pas à la hauteur mais il est vrai que cet album-là culmine très haut. Rééditions depuis chez Glénat (1982) puis Vertige Graphic (1999).


Chances - 1986 (Dargaud)
Horacio Altuna officie au texte et au dessin dans cette histoire de science-fiction. Un adolescent doit subir une transplantation urgente. Heureusement son clone est là pour ça. Mais le clone veut vivre et s’échappe. Qui a le droit de vivre ? Jolie réflexion sur la définition de l’être humain et voyage sordide dans une société à deux vitesses qui se délite.


T
ango - 1987 (Casterman)
Hugo Pratt rend hommage, à sa manière, à Buenos Aires. Il utilise comme base la fameuse traite des blanches sur laquelle Albert Londres lui-même avait enquêté. Mais il le fait à la Corto Maltese, c’est-à-dire avec une dose d’insolite dans laquelle on retrouve pêle-mêle le tango, Butch Cassidy et deux lunes jumelles dans la nuit argentine.



 
Gato Montes
– T. 1 : Gato Montes - 1991 (Dargaud)
Dans un style assez classique, Walter Farher nous offre un western dans la pampa. Il s’agit d’un épisode de « la conquête du désert », autrement dit de l’expropriation des Indiens. Si la brutalité de la conquête n’est pas vraiment abordée, l’atmosphère de l’époque est finement décrite par petites touches. Un témoignage.


Simon, une Aventure Américaine - 1994 (Glénat)
Située au Chili lors des guerres d’indépendance contre l’Espagne, voici une histoire d’amour(s) magnifique et sombre. On mesure assez vite que ces luttes étaient aussi, de fait, des guerres civiles chacun choisissant son camp en fonction de ses aspirations, de ses intérêts propres ou plus simplement du hasard.






El Gaucho
- 1995 (Casterman)
Le scénario de Pratt est plutôt paresseux tandis que les dessins de Milo Manara sont toujours aussi splendides. On y découvre un épisode assez peu connu de l’histoire argentine, en tout cas pour le public français. C’est, avec les images et une fin qui ne sacrifie pas au happy ending, le gros intérêt de l’ouvrage.


Une histoire d’amour
- 2004 (Glénat)
Une cinquantaine de gags sans parole de Guillermo Mordillo sur le thème de l’amour. Insolite, poétique, inimitable.


L’éternaute - 2008 (Vertige Graphique)
Sans doute pas la meilleure BD de science-fiction mais néanmoins fort intéressante et novatrice à sa création. Un passage obligé pour tous ceux qui s’intéressent à l’Argentine tant cette œuvre reste présente dans le pays.


[1] L’enfance de Robin Wood et celle de ses aïeux sont tellement représentatives qu’elles font l’objet d’un chapitre entier de Paradise Mislead : In Search of the Australian Tribe of Paraguay, de Anne Whitebread, paru chez University of Queensland Press (1997).
[2] Aujourd’hui encore, les Paraguayens représentent 30% des immigrés vivant en Argentine, c’est d’ailleurs le contingent le plus important.
[3] Ce dessinateur travaille désormais pour l’industrie des comics américains.
[4] Helena fait partie de ces séries comme Amanda du même Wood ou Bruno Bianco de Carlos Trillo dont l’action est contemporaine et s’apparente à ce qu’il est convenu d’appeler « roman graphique » et qu’on nommait autrefois comédie dramatique ou tranches de vie.
[5] En l’occurrence Carlos Mendez (1964) et Joan Mundet (1956). Le premier est argentin, le second espagnol.
[6] Un comput est très difficile dans la mesure où des sagas annexes en petit format sont également publiées depuis quelques années.
[7] C’est de fait une bande assez violente puisque rappelons que la traduction de Vlad Tepes est Vlad l’Empaleur. Nombre d’anecdotes et détails de ce diptyque sont absolument authentiques.
[8] Publié en 2006 chez Casterman et s’intégrant dans la série de 3 albums Sur les Traces de Dracula.
[9] Voir notre chapitre précédent.
[10] Voir notre Partie 2.
[11] Elle a cessé ses activités en décembre 2009 mais les droits ont immédiatement été repris par Editoriale Aurea dirigé par Enzo Marino, l’ancien directeur commercial d’Eura Editoriale. Il n’y a donc pas eu de discontinuité dans les publications.
[12] Il s’agit d’un pseudonyme, son véritable nom étant Eugenio Zapietro (1936).
[13] Sa série Alvar Major (1977-1983) n’a eu droit qu’à un seul album en France (1983) mais on connaît davantage Les Sentinelles scénarisées par Xavier Dorison depuis 2008.
[14] On l’apprécie surtout en France pour la série Spaghetti Brothers (1995-2008) et plus récemment Vieilles Canailles (1999-2011) et La Guerre des Magiciens (depuis 2011), toutes scénarisées par Carlos Trillo.
[15] Il travaille désormais pour DC Comics et Marvel.
[16] Après un assez long passage en Europe, il dessine désormais aux États-Unis. On lui doit notamment depuis 1999 100 Bullets.
[17] À titre d’exemple Spaghetti Brothers est constitué à l’origine de 4 tomes de près de 200 pages chacun, puis d’une intégrale puis enfin d’une réédition en 16 volumes !
[18] Le journal existe toujours et tire aujourd’hui à 40 000 exemplaires, loin de sa gloire des années 80 où ¼ de million d’exemplaires s’écoulaient régulièrement.
[19] Publié en France chez Glénat (1992).
[20] De La Planète des Singes à DMZ en passant par Y, les exemples ne manquent pas.
[21] Nous avons volontairement simplifié l’intrigue, particulièrement sur la technologie des groupes survivants.
[22] Voir notre Partie 2.
[23] Ces 3 albums sont sortis en France chez Erko (2002-2003).
[24] L’Aleph est un recueil de 17 nouvelles écrites par Jorge Luis Borges entre 1939 et 1952. Les tonalités du livre, comme en règle générale l’œuvre de l’auteur argentin, sont nimbées de fantastique.

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