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  • Le Nyctalope : un court métrage

     

    Un court métrage d'une dizaine de minutes met en scène le personnage du Nyctalope.

    Apparu sous la plume de Jean de La Hire en 1911, ses aventures d'abord publiées sous forme de feuilleton avaient inspiré ensuite une vingtaine de romans. En 2009, Serge Lehman, Fabrice Colin et Stéphane Gess sortaient le personnage de l'oubli en en faisant un des protagonistes principaux de La Brigade Chimérique (éd. L'Atalante).

    C'est leur version du Nyctalope qui a inspiré l'association bretonne Carpeta pour la réalisation de son court métrage.

     

  • Dragon Ball : la mère de Goku révélée

    Dans une interview parue en mars dernier, en bonus d'une réédition du manga Dragon Ball : Episode of Bardock, Akira Toriyama donnait pour la première fois des informations sur la mère de Son Goku, annonçant sa présence dans un futur épisode bonus.

    C'est chose faite : préquelle à la saga Dragon Ball (qui fête cette année ses 30 ans), le manga Ginga Patrol Jako (Jaco the Galactic Patrolman) contient un chapitre intitulé Dragon Ball Minus, qui met en scène l'histoire d'amour entre le père de Son Goku, Bardock, et sa mère Gine dont on découvre enfin le nom et le visage.

     

  • Prometheus : un comics avant le 2ème film

     

    Annoncé pour le 4 mars 2016 (voilà qui est précis), la suite du film Prometheus de Ridley Scott se verra précédée d'une transition en version comics.

    Si la trame du film devrait se située dans la continuité immédiate du film, à savoir sur la planète où se rendent l'androïde David (Michael Fassbender) et l'archéologue Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) pour en savoir plus sur les créatures à l'origine de l'espèce humaine, les premières planches du comics présentent quant à elles une expédition en quête de l'équipe disparue du Prometheus, sur la lune LV-223.

     

  • Un blog censuré par Moulinsart S.A.

    Et voici un énième cas de censure opéré par la société des Éditions Moulinsart, détentrice des droits de Tintin.

    Cette fois-ci, c'est un blog diffusé via Tumblr et Twitter qui est visé : sur Le petit XXIe, un journaliste de Libération commentait depuis mi-février l'actualité via des cases de Tintin. Un titre d'actu = une case, avec beaucoup de pertinence et d'humour.

    Ce n'est évidemment pas "passé" auprès de Moulinsart S.A. et de son intraitable Nick Rodwell, qui maintiennent un contrôle absolu sur l'œuvre, sans aucune exception. Car selon eux, dans le cas de l'œuvre d'Hergé, "la jurisprudence considère une case des albums (...) comme une œuvre à part entière" et à ce titre, les cases ne rentreraient pas "dans le cas de la courte citation, autorisée dans les exceptions du Code de la propriété intellectuelle"...

     

  • EVA et les sabres japonais - 30/04 a 21/06

    Du mercredi 30 avril au samedi 21 juin, la Maison de la Culture du Japon à Paris héberge exposition originale, Evangelion et les sabres japonais.

    Cette exposition itinérante de l'association All Japan Swordsmith qui tourne au Japon depuis 2002, présente le travail d'une vingtaine de forgerons japonais qui ont reproduit diverses armes visibles dans le célèbre anime [1]. Le visiteur pourra ainsi découvrir la fameuse et très esthétique lance de Longinus, entre autres.

     

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Dossier : Historietas - la BD argentine - Partie 3


Lire la partie 1

Lire la partie 2

Par Voltaire

Il est né en 1919 et personne ne sait vraiment quand il est mort. Comme ses héros et comme les artistes de talents, il est donc éternel !
Il s’appelle Hector Oesterheld et il représente à lui seul le zénith et le nadir de la BD argentine. Le zénith car c’est assurément un créateur hors pair, le nadir car sa fin très vraisemblablement tragique est emblématique des années de plomb qui ont ensanglanté l’Argentine de 1976 à 1983. Et c’est lui qui va nous servir de fil conducteur sur tout ce chapitre.

EL ETERNAUTA
Son personnage le plus populaire reste sans doute l’Eternaute si l’on en croit la silhouette qui est aujourd’hui encore sur certains murs argentins (ill. ci-dessus), la mosaïque d’une station de métro (ill. ci-contre) ou si l’on se réfère à la revue italienne qui porte son nom (1982-2000) (ill. ci-dessous).
Il a été créé pour le premier numéro de Hora Cero Semanal sous un format à l’italienne, ce qui explique les divers remontages et paginations différentes en fonction des éditions et rééditions. Au moment où il entame sa narration, Oesterheld ne sait pas vraiment jusqu’où elle va le mener, d’où le caractère polymorphe du récit. S’il en connaît grosso modo les contours, il laisse malgré tout place à une certaine improvisation [1].
L’action débute un soir d’hiver à Buenos Aires dans un temps contemporain de la publication, c'est-à-dire 1959. Des amis sont en train de jouer aux cartes quand l’un d’eux remarque qu’une tempête de neige s’abat sur la ville. La chose est en soit tout à fait exceptionnelle. Ainsi, il n’avait pas neigé sur la ville depuis juillet 1928 [2] et la fois suivante n’interviendra qu’en 2007 !
Au premier étonnement des témoins survient l’angoisse quand ils perçoivent que ces flocons sont en fait une arme chimique mortelle qui tue instantanément ceux qu’elle touche. Le réflexe des occupants de la maison est donc de se vêtir hermétiquement, d’où le look d’homme grenouille du héros principal (ill. ci-dessous).
Toute la première partie du récit est donc l’aventure des survivants, pour qui chaque ravitaillement devient un danger mortel tant vis-à-vis de ces flocons neurotoxiques que de la part d’autres survivants qui sont prêts à se battre pour obtenir de la nourriture. Ce procédé de lutte pour la survie et de reconstruction de la civilisation est désormais un classique dans la BD. On le retrouve autant dans Jérémiah, que dans Neige, Simon du Fleuve, Iberland ou encore plus récemment dans The Walking Dead pour ne donner que quelques exemples tous issus de la BD. C’est la base même du récit post-apocalyptique.
Lorsque cesse la tempête de neige, vont apparaître les extra-terrestres ou tout au moins au départ leurs soldats, d’énormes insectes qui font penser à des scarabées géants. S’ensuivent combats de rues, attaques, fuites, morts multiples dont plusieurs personnages importants. Cette partie-ci fait davantage penser à l’atmosphère de La Guerre des Mondes telle que décrite par Herbert George Wells (oublions les adaptations cinématographiques).
Ce qui a fasciné les lecteurs de l’époque et encore les exégètes d’aujourd’hui était de retrouver dans les pages de leur hebdomadaire le Buenos Aires qu’ils connaissaient vraiment. Les Barrancas de Belgrano, l’avenue Paz, le stade de River Plate sont en effet dessinés tels qu’ils étaient. Pour autant, le dessin de Francisco Solano Lopez n’est pas à proprement parler académique.
Francisco Solano Lopez est le descendant d’une lignée de dictateurs paraguayens dont le règne s’acheva par la ruine du pays en 1870. Les survivants allèrent se réfugier chez leurs vainqueurs et c’est donc en tant qu’Argentin que Francisco vint au monde. Sans aucune formation de dessinateur, il débute aux éditions Abril en 1953, et c’est là qu’il rencontre Oesterheld et tous les artistes italiens évoqués précédemment. Dès 1955, il collabore avec Oesterheld sur Bull Rocket puis vient bien sûr ce que beaucoup considèrent l’un des chefs d’œuvre de la BD.

Le propos est sans doute excessif car l’Eternaute est loin d’être exempt de défauts. Si le début est fort réussi, si la fin en forme de double pirouette est anthologique, une bonne partie de l’aventure ne mérite quand même pas autant d’éloges. L’action est souvent répétitive, les textes assez nombreux expliquent ce que le lecteur voit au premier coup d’œil et le dessin n’est pas non plus à l’égal d’un maître de la BD.
La bande est intéressante, novatrice pour l’époque ne serait-ce que parce qu’elle propose ce qu’on appelle aujourd’hui un récit choral, pour autant elle reste très en dessous de ce qui constitue une des références absolue en matière de BD fantastique et sans doute de BD tout court : Mort Cinder.

MORT CINDER
Alberto Breccia est né à Montevidéo la même année qu’Hector Oesterheld, mais ses parents ont rejoint la capitale argentine quand il avait 4 ans, c’est donc un véritable porteño. Lui aussi fait partie du « groupe de Venise », lui aussi côtoie Oesterheld, lui aussi est professeur à l’Ecole Panaméricaine d’Art avec Hugo Pratt.
Il obtient un certain succès avec Vito Nervio, une bande policière qui propose au lecteur de trouver à chaque fois le coupable. Ces courtes histoires, souvent de deux pages, donnent la solution sur un dernier strip tête-bêche (ill. ci-contre). Breccia commence ensuite à travailler avec Oesterheld sur une bande de science-fiction à l’atmosphère souvent fantastique, Sherlock Time, a priori toujours inédite en France (ill. ci-dessous).
Jusqu’alors Breccia est un dessinateur parmi d’autres, potentiellement doué mais sans que son talent ait jamais pu crever l’écran. En 1962, il traverse une période particulièrement difficile. Sa femme est en train de mourir et Alberto se démène pour lui procurer les traitements les plus efficaces mais aussi les plus coûteux. Dans le même temps, il essaie de réconforter ses trois enfants encore adolescents et abasourdis par la prochaine disparition de leur mère.
Parallèlement, Hector Oesterheld est financièrement aux abois. Si ses revues ont connu un grand succès, un associé plus ou moins indélicat et une gestion financière peu rigoureuse lui ont fait perdre pied. Lui aussi se bat pour assurer le quotidien de sa famille riche de ses quatre filles.
Aussi, lorsque la revue Misterix lui propose de créer une bande, il saute sur l’occasion et fait appel à Alberto. Ce sont donc deux désespérés pleins de rage qui se jettent dans l’aventure sans trop savoir ce qui en sortira.
Parce qu’il est financièrement exsangue, Breccia va dessiner sur une rame de papier offerte par un ami. Ce qu’il ne sait pas, c’est que ce papier n’est pas de grande qualité. C’est parce qu’il cherche à changer de style que l’artiste va gommer, gratter, certains dessins. Ce faisant et compte tenu de la piètre qualité du support, il se voit parfois obligé de faire des collages, ajouter des solvants. De ces contraintes imprévues et intempestives naissent des planches à nul autre pareil. Breccia a choisi de mettre en scène des cases contrastées, sans tramé (ill. ci-contre). C’est réellement un choc visuel toujours novateur 50 ans après et donc révolutionnaire à l’époque.
Les dessins sont également mis en valeur par un récit fantastique d’excellente facture. Pour une fois, Oesterheld associe son dessinateur à la conception de l’histoire. Le héros sera un homme qui revient d’entre les morts, Mort Cinder. Mais Breccia ne « sent » pas graphiquement le personnage et demande du temps à Oesterheld. Toutefois comme les auteurs ne sont payés qu’à la livraison des planches, ils se voient obligés de commencer l’histoire sans le personnage titre.
Cette absence momentanée va s’avérer une excellente idée et renforcer davantage encore la puissance de la narration. Dès les premières pages, on apprend que l’assassin Mort Cinder a été pendu et qu’il a été enterré à Mertonville. Qui est-il ? Pourquoi a-t-il été pendu ? Quel rapport avec l’antiquaire Ezra Winston que l’on découvre au début du récit ?
C’est la même technique qu’utilisera plus tard Steven Spielberg dans Les Dents de la Mer (1975), où l’on ne découvre le requin qu’après un tiers du film, ou mieux encore dans Duel (1971) dans lequel la question du « qui et pourquoi » ne sera jamais levée.
Quand Cinder apparaîtra, Alberto lui aura donné le visage vieilli d’un de ses élèves de l’École Panaméricaine d’Art, Horacio Lalia (ill. ci-contre), qui deviendra lui-même un auteur renommé de bande dessinée. Il est à noter que Breccia se met lui-même en scène dans cette série, puisqu’il donne à l’antiquaire Ezra Winston ses propres traits, là encore vieillis (ill. ci-dessous). Ce n’est sans doute pas complètement un hasard si le dessinateur a justement choisi un de ses élèves et assistant. On peut y voir la relation entre le maître et le disciple, en échange permanent comme peuvent l’être les rapports entre Ezra et Mort.
Ce premier épisode, Les Yeux de Plomb, est donc assurément un chef d’œuvre malgré une fin un peu trop accommodante. Il s’agit d’un récit qui trouve ses racines autant chez Borges que chez Poe. On a aussi beaucoup évoqué Lovecraft. C’est une erreur. Pas de Grand Ancien [3] dans cette série, pas d’horreur mais une angoisse diffuse. En choisissant une Angleterre quasi intemporelle dans ses décors bien que contemporaine, Breccia donne un ton à ce premier volet que n’auront pas les huit suites beaucoup plus courtes et donc moins intenses. Leur éloignement géographique et historique dans les Flandres de la Grande Guerre, en Mésopotamie, aux Thermopyles, ou encore dans la Vallée des Rois les confinent à de traditionnelles bandes d’aventures.
Ceci explique sans doute pourquoi de nombreux commentateurs mettent davantage en avant l’Eternaute que Mort Cinder alors que pourtant sa première aventure est définitivement un sommet.

LA BD, UN ART POLITIQUE ?
Les raisons qui poussent l’Eternaute sont qu’on y voit une allégorie contre la dictature. C’est à la fois vrai et faux. C’est totalement vrai pour la reprise de la série en 1969. Lopez laisse sa place à Breccia et Oesterheld taille dans son histoire et lui donne un tour volontairement politique. Mais à force d’ellipses, il rend l’histoire difficilement intelligible. Ceci et la peur de la censure font que le magazine Gente qui avait commandé cette suite décide d’arrêter là les frais.
On a dit que la série originelle était déjà une critique de la dictature. Soit, mais à ce tarif là on peut aussi faire passer Les Yeux de Plomb (ill. ci-contre) pour le pendant graphique du Rhinocéros (1959) de Ionesco, qui dénonce lui aussi la montée des totalitarismes.
En revanche, il est certain que l’écriture d’Oesterheld prend avec le temps une tournure plus contestataire et politique. Ce qu’on percevait déjà dans le caractère insurgé du sergent Kirk [4], apparaît en pleine lumière dans sa biographie de Che Guevara en 1968.
La légende veut que quelques années plus tard les militaires lui aient fait payer de sa vie cette BD parce que « trop belle ». Apocryphe ou pas, le mot est exagéré. Il s’agit d’une vie assez hagiographique du Che, un peu de la même aune que le film de Richard Fleischer (1969) avec Omar Sharif dans le rôle du révolutionnaire. Pour autant, le metteur en scène new-yorkais n’est jamais passé pour un agitateur marxiste. Pourquoi alors pour Oesterheld ?
Sa disparition en 1977 et son élimination vraisemblable en 1978 y sont assurément pour beaucoup. D’autant que ses 4 filles (ill. ci-contre) et ses gendres ont également disparu, puis été très certainement assassinés par les nervis de la junte alors au pouvoir. On a beaucoup critiqué, à juste titre, la brutalité du Chilien Augusto Pinochet. Elle n’est pourtant rien à côté de la férocité des généraux argentins. On estime aujourd’hui que le nombre de « disparus » dépasse les 30 000, ce qui ramené à des populations comparables est un chiffre 5 fois plus lourd qu’au Chili.
Qu’Oesterheld ait été un opposant à la junte militaire ne fait guère de doute, qu’il ait été un « rebelle gauchiste » est tout à fait discutable. L’homme est un sympathisant des Montoneros, vrai groupe terroriste au demeurant. Mais ceux-ci sont, avant toute chose, péronistes. Or le péronisme est un curieux mélange de fascisme et de progressisme. Ainsi dans son premier passage au pouvoir, Juan Peron s’est souvent heurté à Washington, ce qui ne l’empêchait pas d’accueillir sur le sol argentin des réfugiés nazis, Eichmann n’est qu’un exemple, et de promouvoir de grandes campagnes sociales au profit des « descamisados » [5].

Une compréhension des évènements sud-américains selon une grille de lecture droite/gauche serait incontestablement erronée. Ceci peut donc entrainer une interprétation parcellaire des BD traitant directement ou pas de ces lourds sujets. Ainsi lorsque Breccia, bien des années plus tard rend, avec Juan Sasturain, hommage à Oesterheld dans Perramus (1982-84) (ill. ci-contre), il le fait de manière allégorique. On y retrouve pêle-mêle Carlos Gardel, Jorge Luis Borges qui n’est plus aveugle, Fidel Castro, Henry Kissinger, parfois sous leur vrai nom parfois sous un alias. Cette auberge artistique hispano-argentine donne un certain nombre de directions mais jamais véritablement les clés.
Dans un monde fluctuant, les positions des auteurs d’historietas sont à la fois nettes, ils savent qu’ils ne veulent pas de l’arbitraire totalitaire, et floues, ils ne connaissent pas la bonne réponse quant au choix de la meilleure organisation sociale. Toute la subtilité sud-américaine est ramassée là !

UN MONDE FUYANT
Peron quitte le pouvoir suite à un coup d’état en 1955 organisé par le général Leonardi, mais comme celui-ci refuse d’interdire le parti péroniste, un nouveau coup d’état encore plus réactionnaire prend les rênes moins de 2 mois après. Les caisses de l’état étant déjà vides, l’Argentine s’enfonce dans des problèmes à la fois politiques et économiques.
Le départ des créateurs italiens à la fin des années 50 coïncide quasiment avec l’arrivée sur le marché argentin des productions mexicaines déjà amorties sur le marché centroaméricain, d’où une crise très nette dans la BD argentine. Au mieux les hebdomadaires deviennent bimensuels puis mensuels, au pire ils disparaissent. Du coup nombre d’auteurs vont vendre leurs services à des sociétés étrangères, quand ils ne quittent pas purement et simplement le pays.
Alberto Breccia va ainsi travailler, tout comme quelques années plus tard son fils Enrique (1945), pour la Fleetway Press dans des récits de guerre qui mettent en avant, ironie de l’histoire, le courage et l’efficacité des soldats britanniques.
José Munoz (1942) qui a été l’élève de Breccia à l’Ecole Panaméricaine et l’assistant de Solano sur l’Eternaute part pour l’Europe en 1971 où il créera entre autres Alack Sinner (1975) [6] (ill. ci-dessus). Son complice scénariste Carlos Sampayo (1943) a quitté l’Argentine quasiment au même moment et pour les mêmes raisons. Outre ses collaborations avec Munoz, on le retrouve dans Evaristo [7] avec pour dessinateur… Solano Lopez.
Walter Fahrer n’a pas attendu les années 70 pour rejoindre l’Europe puisqu’il s’y installe dès 1962. D’abord spécialisé dans les strips des quotidiens, il entre au journal Tintin en 1971 où il crée Cobalt [8] (1973) avec Greg (ill. ci-contre) et poursuit sa carrière franco-belge avec Harry Chase [9] (ill. ci-dessous), Mon nom n’est pas Wilson [10], etc.
À ces réfugiés économiques va se joindre à partir de 1976 une autre cohorte de réfugiés, politiques cette fois : Juan Gimenez (1943) futur co-auteur de La Caste des Méta-Barons, Horacio Altuna (1941) que nous retrouverons plus bas, Ricardo Barreiro (1949-1999) ou Gustavo Trigo (1940-1999).
On connait peu ces deux derniers en France dans la mesure où leur deuxième carrière s’est surtout faite en Italie. Trigo a, par exemple, été un collaborateur régulier des éditions Sergio Bonelli où il s’occupe notamment de Dylan Dog, mais on le voit aussi chez LancioStory et Skorpio pour Eura Editoriale, L’Eternauta et Comic Art chez Edizione Produzione Cartoon.
On connait moins mal Ricardo Barreiro en France dans la mesure où son Etoile Noire (1981) réalisée avec son compatriote Juan Gimenez est sortie chez Dargaud puis son Pêcheur de Brooklyn chez Glénat en 1984. En revanche, si sa Fille de Wolfland, fort curieuse uchronie, a bien été publiée en 1985, son Uomo di Wolfland (ill. ci-contre), frère jumeau du précédent, n’a pas franchi les Alpes. Nous reparlerons ultérieurement de sa série Barbara puisqu’elle fait partie du renouveau science-fictionnel argentin.
Mais puisque nous avons évoqué ceux qui ont été contraints de quitter l’Argentine, intéressons-nous maintenant à ceux qui y sont restés.

DES RACINES PROFONDES
Le départ de nombre de créateurs dans les années 60 et 70 a certes momentanément appauvri la BD argentine mais a aussi mis le pied à l’étrier à de nombreux jeunes comme Altuna, Robin Wood, Domingo Mandrafina et vraisemblablement accéléré la notoriété de Mordillo et Quino.
Tous les deux sont nés la même année, 1932, tous les deux manient l’humour et tous les deux sont devenus des vedettes internationales. Là s’arrêtent les comparaisons.
Quino doit sa célébrité à sa série Mafalda (ill. ci-contre) qui dépeint la vie de jeunes enfants, leurs réflexions, leurs joies et leurs antagonismes. Mais à travers cet univers enfantin, c’est celui des adultes qui est bien sûr visé. La saga commence en 1964 et s’achève en 1973. À peine 9 ans et pourtant une présence toujours quasi quotidienne en Argentine, de multiples albums parus en France et une impression que la série ne s’est jamais interrompue [11].
Mordillo atteint la célébrité plus tardivement. Il faut dire que l’auteur a la bougeotte. Le Pérou d’abord puis les États-Unis, la France et enfin l’Espagne. Chez lui pas de saga, pas de texte non plus, mais une page à gag où le plus souvent un même personnage rondouillard est confronté à des situations absurdes (ill. ci-contre).

Autodidacte talentueux, Horacio Altuna débute dans la BD en 1965 et rejoint deux ans plus tard les éditions Columba pour lesquelles il collabore aux revues D’Artagnan et El Tony. Comme d’autres professionnels argentins, la crise l’amène à travailler lui aussi pour la Fleetway Press. Ce n’est qu’en 1975 qu’il connait enfin la réussite professionnelle quand, avec Carlos Trillo, il créé El Loco Chavez (ill. ci-contre).
Le seul album sorti en France [12] ne permet pas de se rendre compte du succès obtenu en Argentine. Douze années de publication, plus de 4 000 strips, de multiples prix, les aventures de ce journaliste passionnent les lecteurs. Pas seulement parce qu’il parcourt la planète ; très souvent les anecdotes racontées sont de celles qui surviennent au coin de la rue. Mais Chavez a de l’épaisseur, du charme même et multiplie les déconvenues et les succès avec les femmes. L’une d’elles, Pampita, va ainsi devenir le contrepoint du héros. Ces croquis de nos vies quotidiennes et des heurs et malheurs de notre civilisation rendent les personnages nos égaux. Aussi lorsque la bande s’arrête en 1987, les lecteurs hurlent. Mais Trillo et Altuna vivent désormais à l’étranger, et le dessinateur préfère passer la main. Clarin, le quotidien qui publiait ces aventures, demande à Trillo de continuer la série en reprenant les personnages secondaires mais la mayonnaise ne prendra pas et cette suite s’arrêtera assez rapidement.
Toujours avec le même scénariste, le dessinateur nous offre La dernière récré [13] publiée dans la revue espagnole Zona 84 dont le thème fait évidemment furieusement penser à Sa Majesté des Mouches [14] de William Golding. Autant ces courtes histoires sont assez décevantes, autant Chances (1986) [15] mérite largement le prix Yellow Kid qui lui a été attribué.
Cette bande de science-fiction qu’Altuna signe seul évoque, par-delà le clonage, ce qui fait qu’un corps animé devient être humain, tout en dénonçant une société à deux vitesses. Œuvre forte donc que ni Fantasmagories [16], aux aspects plus érotiques, ni Merdichesky [17] (ill. ci-contre), autre collaboration avec Trillo dont le titre lui-même indique les limites, ne parviendront à remplacer. Signalons tout de même l’éminemment étrange série Las puertitas del Sr Lopez que nos voisins italiens connaissent sous le nom d’Issue de secours (ill. ci-contre). Ces courtes histoires de trois, quatre pages au plus et même souvent deux, nous présentent un falot Sr Lopez qui s’évade du monde réel en ouvrant d’anodines portes. Étrange sans être onirique, insolite sans être poétique, la bande fait parfois penser à du Manara plus sage mais aussi déjanté.
Puisque l’on évoque le grand maître italien, comment ne pas mentionner les courtes histoires coquines qu’Altuna dessine pour Playboy depuis 1989 et dont trois albums (seulement) sont sortis sur le marché français (ill. ci-contre).

Nous aurons l’occasion de revenir sur Robin Wood, l’autre grand nom de la BD argentine, qui débute pratiquement au même moment. Mais revenons plutôt à des auteurs comme Breccia ou son disciple Horacio Lalia. Ce dernier va d’ailleurs travailler avec Hector Oesterheld dans ce qui sera son avant-dernière [18] série : Nekrodamus (ill. ci-dessous).
Cette saga de 273 planches a pour héros un mort vivant, Nekrodamus, accompagné d’un gnome, Gor, lesquels parcourent l’Europe de la fin du Moyen-Âge, début de la Renaissance, afin de nettoyer le continent de ses différents monstres. Œuvre forte [19], en noir et blanc, dans laquelle on sent bien l’influence de Breccia sans son génie toutefois.
Breccia lui aussi va se tourner vers le fantastique. C’est son gendre, Norberto Buscaglia, qui lui signe dès 1973 l’adaptation de plusieurs nouvelles de Lovecraft sous le titre de Los Mythos de Cthuluh qui paraîtront en France dans Métal Hurlant. Breccia poursuit le domaine fantastique avec El Corazon Delator (1975), adaptation de 4 contes d’Edgar Poe (ill. ci-contre). Ce n’est que 20 ans plus tard que ce recueil sera traduit en français. Dracula, Dracul, Vlad?, bah... (1984) traduit en français en 1993 sous le même titre, Buscavidas (1981) qu'il dessine sur un scénario de Carlos Trillo (en français sous le même titre en 2001) ou encore Informe Sobre Ciégos (1991) (Rapport sur les Aveugles, 1993) d'Ernesto Sabato (ill. ci-dessous) sont de nouvelles étapes de cette « descente aux enfers » toute scénaristique heureusement seulement.
Cette courte étude n’étant qu’un survol nous ne pouvons davantage nous étendre sur le chapitre du fantastique argentin dans la BD. Sachez seulement qu’il y aurait beaucoup à dire, à croire que les mânes de Poe, Borges et Lovecraft ont élu domicile sur les bords du Rio de la Plata.

L’histoire a souvent des ironies cruelles. De même que c’est le désastre des Malouines qui a ramené la démocratie en Argentine, ce sont les difficultés économiques et la dictature militaire qui ont amené les artistes argentins à s’exporter et à prouver au monde que non, décidément non, les historietas n’étaient pas mortes.
Parmi tous ces auteurs talentueux, il en est deux qui sortent du lot : Carlos Trillo et Robin Wood. Le premier, disparu récemment, est assez connu dans notre hexagone ; le second n’a pas eu droit à un seul album dans notre pays [20]. C’est pourtant lui qui va nous servir de guide lors de notre ultime chapitre.

… À suivre.

Novembre 2013 [21/02/14]

[1] C’est d’autant plus vrai que la publication originelle s’est étalée sur 2 ans (1957-59), soit 450 planches.
[2] Rappelons que dans l’hémisphère sud, les saisons sont inversées !
[3] Les Grands Anciens sont dans la mythologie "lovecraftienne" des dieux (monstrueux) d’origine extraterrestre tels que Cthulhu, Yog-Sothoth, Nyarlathotep…
[4]
Voir notre chapitre précédent.
[5] Littéralement les « sans chemise ».
[6] Créé pour la revue italienne AlterLinus puis traduit en français, d’abord aux Editions du Square en 1977 ensuite chez Casterman. 7 albums au total.
[7] Deux albums chez Dargaud (1985 et 1986).
[8] Deux albums chez Dargaud en 1976 et 1981, mais de nombreuses aventures encore inédites en album.
[9] Sept albums chez Dargaud (1979-1989) avec Claude Moliterni comme scénariste.
[10] Trois albums chez Casterman (2000-2004).
[11] Rappelons qu'à l'occasion des 50 ans de la demoiselle, Glénat réédite son intégrale, dans une édition anniversaire.
[12] Grand Reporter (1987) chez Glénat.
[13] Album paru chez Glénat en 1987.
[14] Dans un monde sans adultes, les enfants se montrent finalement aussi cruels que leurs aînés, voire plus.
[15] Publié chez Dargaud (1987).
[16] Publié chez Dargaud (1988).
[17] Courts récits policiers avec une base humoristique publiés en France chez Campus (1985). L’action se situe à New York, le héros, juif américain, fait évidemment penser à Woody Allen, même si son aspect physique est différent.
[18] Il serait sans doute plus juste de parler d’antépénultième puisque viendront ensuite El Eternauta II (1976) et Wakantanka (1977). Mais compte tenu de la disparition d’Oesterheld, c’est Carlos Albiac qui terminera cette histoire située dans l’Amérique du Nord pendant la Guerre de 7 ans (1756-1763).
[19] Après la disparition d’Oesterheld, Carlos Trillo reprendra un temps le flambeau scénaristique.
[20] Hors quelques rares histoires parues dans des illustrés en format de poche.

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